mardi, 07 février 2012

Ces articles qui disent tout, mais que l'on ne veut pas voir...

La machine à concentrer la richesse

 LE MONDE ECONOMIE | 06.02.12 | 15h56  •  Mis à jour le 06.02.12 | 15h56

 

Dans une allocution prononcée le 12 janvier, Alan B. Krueger, à la tête du Conseil des conseillers économiques du président Obama, a examiné "la montée et les conséquences de l'inégalité aux Etats-Unis" (www.americanprogress.org/events/2012/01/pdf/krueger.pdf).

 Alors que, de 1947 à 1979, les revenus de l'ensemble de la population américaine croissent annuellement d'un peu plus de 2 % toutes catégories confondues, sur la période qui s'étend ensuite de 1979 à 2010, les 20 % les plus riches voient leurs revenus bruts augmenter de 1,2 % par an alors que, parallèlement, ceux des 20 % les plus pauvres baissent eux de 0,4 %.

 CADEAUX FISCAUX

 Les cadeaux fiscaux consentis par les deux administrations Bush aux ménages les plus fortunés viennent encore renforcer la tendance : si, dans l'ensemble, les 20 % les moins riches voient leurs revenus après impôts augmenter de 18 % sur la période 1979-2007, ceux du 1 % le plus fortuné grimpent pendant ce temps-là de 278 %.

 A quoi attribuer ce creusement des écarts ? Premièrement, à la part toujours croissante de la richesse ponctionnée par le secteur financier. Krueger cite les chiffres suivants : la part du secteur financier et de l'immobilier dans les revenus du 1 % le plus riche double entre 1979 et 2005. En fin de période, ces deux secteurs constituent désormais un quart des revenus du 0,1 % le plus fortuné.

 Deuxièmement, les gains de productivité dus à l'informatisation et à l'automatisation, au cours des trente dernières années, sont essentiellement ponctionnés par les classes les plus aisées.

 Krueger ne s'attarde pas sur le mécanisme de ce transfert, se contentant de citer les résultats d'un sondage de 1997 auprès de ses collègues économistes, selon lesquels le facteur technologique rend compte à 45 % des disparités de revenus, mais les raisons en sont bien connues : sur cette période, les salaires en dollars constants stagnent tandis que s'envolent les gains du capital et la rémunération des dirigeants des grosses entreprises.

 AU PROFIT DES ACTIONNAIRES ET DES PATRONS

 Dans la pratique, le travailleur remplacé par un robot ou un ordinateur est remercié, et son espoir de retrouver un jour un emploi va diminuant à mesure que la technologie progresse ; une fois en place, la machine travaille uniquement au profit des actionnaires et des patrons de l'entreprise.

 Cet effet pervers, Sismondi (1773-1842) l'avait déjà dénoncé dans les années 1820, proposant que tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d'une rente indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci. Une proposition ancienne qu'il faudra, un jour ou l'autre, réexaminer...

 Les disparités dans la répartition des revenus et du patrimoine ne doivent pas être considérées comme de simples curiosités : la concentration excessive de la richesse grippe la machine économique jusqu'à provoquer son arrêt par deux effets combinés.

 D'une part, la baisse du pouvoir d'achat pour la grande masse de la population force à un développement du crédit qui fragilise à terme le secteur financier en raison du risque croissant de défaut de l'emprunteur.

 D'autre part, les capitaux disponibles au sommet de la pyramide sociale iront, faute de débouchés suffisants dans la production, se placer dans des activités spéculatives, déréglant entièrement le mécanisme de la formation des prix.

 Tant que la concentration de la richesse n'aura pas été inversée, la machine économique ne pourra pas véritablement repartir. De ce point de vue, l'austérité, qui accroît encore la disparité des revenus, est bien entendu la pire des politiques.

 

Paul Jorion, économiste et anthropologue

vendredi, 06 janvier 2012

Magyarország

Je me pose quelques questions...

A partir de quelle limite l'Europe se donne le droit de réagir, et même au-delà de l'Europe, à partir de quand le Monde se permet de taper du poing?

L'Histoire n'a-t-elle pas force d'apprentissage?

Les Accords de Munich, et la honte du Monde d'avoir laissé Hitler développer son régime, au moment même où il était encore temps de le stopper, ne doivent-ils pas servir de leçon?

L'utilisation du Nazisme et de la Shoah comme symbole absolu de l'horreur voile-t-il le regard à porter sur tout régime qui sans en avoir l'ampleur finale, en a l'approche?

 

 

1933 - Passage dans les faits de la République de Weimar au Troisième Reich.

2012 - Le mot République disparait de la constitution Hongroise pour laisser place au mot "Hongrie" seul. (Mais le mot "Hongrie" utilisé en français n'est pas correct: les Hongrois disent "Magyarország" qui veut dire en réalité "Pays des Hongrois". C'est une nuance extrèmement importante, car il se réfère au Peuple et non aux frontières d'un Etat! Peuple qui lui même est redéfini par le gouvernement en place, nous y reviendrons)


1. Disparition du mot et donc de l'existence même de la République. (Comme dit George Orwell dans 1984, ce qui n'a pas de mot n'existe pas.) La Hongrie n'étant pas une monarchie, ni une république, qu'est-elle?

Quel nom donne ton à un système politique qui a une apparence de république démocratique, mais où règne un seul parti politique qui domine toutes les strates du pouvoir, les nominations et contrôle les médias? N'est-ce pas Totalitarisme?

2. Après 18 mois de pouvoir, déjà 240 lois à valeur constitutionnelle sont votées et renforcent le pouvoir en place. Ayant valeur constitutionnelle, elles sont très difficile à changer car il faut 66% du parlement pour toute modification, autant dire un seuil presqu'infranchissable sauf pour le parti actuellement en place.Alors qu'un homme proclamait "l'utopie" d'un Reich pour 1000 ans... d'autres semblent savoir traduire cela plus concrètement dans les faits.

3. Augmentation de la durée des mandats et nomination à tous les postes clés (économie, police, justice et armée) de personnes proches du premier ministre, Viktor Orban. N'est-ce pas une Oligarchie?

4. Contrôle des médias, qui va jusqu'à supprimer la fréquence d'une radio d'opposition. Et la propagande coula des jours heureux...et pire que tout: l'auto-censure par peur de sanction! Faut-il s'appeler "Joseph Goebbels" pour que l'on fasse le lien avec le totalitarisme?

"L'autorité nationale des médias et communications (NMHH) établie en vertu de cette nouvelle loi sera habilitée à sanctionner les journalistes sur la base de concepts vagues tels que l'« intérêt public », la « moralité commune », l'« ordre national » et la « violation de l'obligation de relayer des informations de manière impartiale ». La question de l'indépendance politique de la NMHH, dont le président est nommé par le Premier ministre pour neuf ans, inspire en outre quelques inquiétudes. Par ailleurs, la procédure de désignation des autres membres de la NMHH ne garantit pas la pluralité." (http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/protests-over-...)



1933 - Début de la politique raciale Nazi.

2011 - Des groupes "d'auto-défense" harcèlent les populations Roms, et des lois concernants les populations déshéritées de Hongrie, sont en réalité clairement orientées contre les Roms qui représentent une part très importante de la population visée. Le travail obligatoire des populations aidées prend alors une tournure bien différente... Certains parlent de "camps de travail", doit-on dans tous les cas attendre que cela en arrive là pour réagir?

 

 

1938 - Annexion des Sudètes et de l'Autriche par le Troisième Reich.

2012 - La Constitution promet de sauvegarder "l'unité spirituelle et intellectuelle" de la nation hongroise et rend possible l'élargissement du droit de vote vers les Hongrois de souche des pays voisins, ce qui risque de créer des conflits avec les pays limitrophes à forte minorité hongroise comme la Slovaquie ou la Roumanie. (http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20110418.OBS1496/la-...)

La République de Hongrie devenue "pays des Hongrois" se trouve avoir des frontières devenues moins claires... L'Etat, qui a toujours des frontières, perd son statut de référence pour le terme de Peuple, à la géographie plus flou, et l'on connait les problèmes de répartition de population en Europe centrale depuis la chute des Empires européens. (l'annexion des Sudètes et l'annexion de l'Autriche par le troisième Reich... ont pour origine ce même passage de la notion d'Etat, à celle de Peuple!).



Ainsi, nous laissons se mettre en place en Hongrie, au coeur même de l'Union Européenne, un régime qui verrouille sa position dominante dans tous les contre-pouvoirs de l'Etat, assure sa réélection en modifiant le système électoral, et se donne la possibilité constitutionnelle de dissoudre le futur parlement s'il devait ne pas lui plaire....

"- Elle accorde au Conseil monétaire de la banque centrale, qui sera composé de membres proches de Viktor Orban, dont le chef de l'Etat, Pal Schmitt, le droit de dissoudre le Parlement si le budget n'est pas adopté conformément aux normes du nouveau texte constitutionnel. Ainsi, même s'il se trouve dans l'opposition après les élections législatives de 2014, Viktor Orban pourra, via le Conseil monétaire, dissoudre le Parlement. Une disposition qualifiée de "putsch" constitutionnel par l'opposition." (http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/04/18/hongrie-l...)

... régime qui ne respecte plus la séparation des pouvoirs, et contrôle les médias.

... régime qui remet en cause la notion internationale de Citoyenneté et de Frontière en privilégiant la notion de Nation et de Peuple sur celle d'Etat. Nous laissons ainsi ce régime voguer vers des dérives nationalistes, au sein même d'une Europe qui se veut "communauté de destin". Devons nous attendre que Viktor Orban réclame l'annexion de "ses Sudètes" slovaques et roumaines? La Balkanisation de l'Europe centrale n'est pas à souhaiter me semble-t-il!


Si Hitler avait été "calmé" dès les premières années de son régime, on dirait de lui actuellement qu'il est celui "qui a tenté de mettre en place un régime totalitaire et raciste". Et personne n'imaginerait alors aujourd'hui l'ériger en symbole absolu de l'horreur fasciste qu'il n'aurait pu mettre en place.

Il n'est donc pas question ici de parler de chose qui ne sont pas, et de comparer les conséquences historiques d'un état de fait que l'on a laissé dégénérer dans le passé avec des conséquences hypothétiques d'une situation actuelle. Mais il semble cependant utile de simplement faire un lien entre des dérives, et observer ce qu'elles ont donné dans le passé, pour voir ce qu'on ne veut plus supporter dans le présent.

Il est temps d'agir, non?

L'Union Européenne en a le pouvoir...

samedi, 10 septembre 2011

10 ans après... un point de vue extérieur sur notre monde.

Ben Laden, secret de famille de l'Amérique

Après les inadmissibles attentats-suicides qui ont frappé le Pentagone et le World Trade Center, un présentateur du journal télévisé déclarait le 17 septembre sur la chaîne américaine Fox : " Il est rare que le bien et le mal se manifestent aussi clairement qu'ils l'ont fait mardi dernier. Des gens que nous ne connaissons pas ont massacré des gens que nous connaissons - et ils ont commis leurs actes avec une jubilation pleine de mépris. " Puis il a craqué et fondu en larmes.

Voilà le hic : l'Amérique est en guerre contre des gens qu'elle ne connaît pas (parce qu'ils ne passent pas souvent à la télévision). Le gouvernement n'avait pas encore réussi à identifier précisément son ennemi, ni même commencé à cerner sa nature, que déjà, à grand renfort de publicité et de rhétorique douteuse, il se hâtait de concocter une "coalition mondiale antiterroriste" et mobilisait son armée, sa force aérienne, sa marine, ses médias pour les engager dans la bataille.

Le problème, c'est que l'Amérique, une fois partie en guerre, ne saurait décemment rapatrier ses troupes sans qu'il y ait eu, de fait, une guerre. Si elle ne trouve pas son ennemi, il lui faudra en fabriquer un, ne serait-ce que pour calmer la fureur de l'opinion publique. La guerre va acquérir une dynamique, une logique et une justification qui lui appartiendront en propre et feront perdre de vue ses mobiles initiaux.

Mû par la colère, le pays le plus puissant du monde renoue d'instinct avec un réflexe ancestral pour livrer un nouveau type de guerre. Mais en matière de défense nationale, ses navires aérodynamiques, ses missiles de croisière, ses avions de combat F-16 ont soudain l'air d'antiquailles encombrantes.

Son arsenal de bombes nucléaires, qui tenait lieu de force de persuasion, ne vaut plus son pesant de ferraille. Cutters, canifs et froide colère sont les armes de la guerre au XXIe siècle. Rien de plus facile à crocheter que la colère. Elle passe la douane sans attirer l'attention, elle échappe au contrôle des bagages.

Contre qui l'Amérique se bat-elle ? Le 20 septembre, le FBI faisait part de ses doutes quant à l'identité de certains pirates de l'air. Le même jour, George W. Bush déclarait savoir exactement qui étaient les terroristes et quels gouvernements les soutenaient. On aurait dit qu'il avait des informations dont ne disposaient ni le FBI ni la population américaine.

Pour des raisons stratégiques, militaires et économiques, George W. Bush doit à tout prix persuader l'opinion publique que ce sont les valeurs nationales de la liberté et de la démocratie qui sont visées, ainsi que le mode de vie américain. Message facile à colporter dans l'atmosphère de chagrin, d'indignation et de colère qui règne actuellement. Cependant, à supposer que le contenu en soit vrai, on peut légitimement se demander pourquoi ce sont les symboles de la suprématie économique et militaire américaine (le World Trade Center et le Pentagone) qui ont été pris pour cibles. Pourquoi pas la statue de la Liberté ? Ne peut-on alors émettre l'hypothèse que la sombre colère à l'origine des attentats n'a pas pour source la liberté et la démocratie américaines, mais le soutien et l'engagement exceptionnel des Américains pour des causes radicalement opposées : pour le terrorisme militaire et économique, l'insurrection, la dictature armée, le fanatisme religieux, le génocide impensable (hors des frontières du pays) ?

Touchée par des pertes récentes, la majorité de la population doit avoir du mal à regarder le monde en face, les yeux embués de larmes, et n'y rencontrer que ce qu'elle peut interpréter comme de l'indifférence. Mais ce n'est pas de l'indifférence. C'est juste une intuition. Une absence de surprise. La conscience lasse que tout finit par se payer. Les Américains doivent savoir qu'ils ne sont pas en cause, mais que c'est la politique de leur gouvernement qui attise la haine. Ils ne peuvent pas un instant douter qu'ils sont partout bien reçus, eux et leurs musiciens extraordinaires, leurs écrivains, leurs acteurs, leurs athlètes impressionnants, leur cinéma. Immense a été la peine de l'Amérique face aux événements ; immense aussi, la dimension publique de cette peine. Mais de là à penser qu'elle pourrait modérer ou nuancer l'angoisse, ce serait grotesque.

Toutefois, il serait également regrettable que le pays, au lieu d'en profiter pour tenter d'expliquer les événements, saisisse l'occasion pour usurper la souffrance du monde entier, pour pleurer et venger la souffrance qui le concerne seul. Car dans ce cas c'est à nous autres qu'il reviendrait de poser les vraies questions et de prononcer les mots cruels. Pour nos douleurs, pour notre retard, nous serions haïs, ignorés, peut-être même enfin réduits au silence.

Le monde ne saura sans doute jamais pourquoi les pirates de l'air ont dirigé les avions vers les immeubles qu'ils ont percutés. Ils n'avaient que faire de la gloire. Tout ce que nous savons, c'est que la croyance en ce qu'ils faisaient surpassait de loin l'instinct naturel de survie, le désir humain de laisser un souvenir de soi. Presque comme si leurs actes marquaient la limite inférieure en deçà de laquelle ils ne pouvaient exprimer leur immense fureur. Des actes qui ont fait voler en éclats le monde tel que nous le connaissions. Qui, en l'absence d'informations, vont être lus par les hommes politiques, les commentateurs et les écrivains (dont je suis) à la lumière de leurs propres opinions et de leurs propres interprétations. Cette réflexion, cette analyse du climat politique où ont eu lieu les attentats ne peuvent être que bonnes à prendre.

Il n'est pas superflu de procéder à quelques éclaircissements. Et de se demander par exemple : à qui va bénéficier cette "justice sans limites", cette "liberté immuable" ? L'Amérique déclare-t-elle la guerre au terrorisme en Amérique ou au terrorisme en général ? Que s'agit-il de venger au juste ? La mort tragique de près de 6 000 personnes, la disparition de 1,4 million de mètres carrés de bureaux à Manhattan, la destruction d'une partie du Pentagone, la perte de plusieurs centaines de milliers d'emplois, la faillite potentielle de quelques compagnies aériennes ? Ou bien les enjeux sont-ils plus vastes ?

En 1996, interrogée par Leslie Stahl sur sa réaction devant la mort de 500 000 enfants irakiens après les sanctions économiques américaines, Madeleine Albright, alors ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, répondait sur CBS que c'était "un choix très difficile" mais que, tout compte fait, "nous pensons que le prix en vaut la peine". A-t-elle été renvoyée de son poste pour avoir tenu pareils propos ? Pas du tout. Elle a continué à parcourir le monde, à représenter les opinions et les aspirations du gouvernement américain. Plus grave encore, dans les circonstances actuelles : les sanctions contre l'Irak n'ont pas été levées. Des enfants continuent à mourir. Nous y voilà. Un distinguo peu subtil oppose la civilisation et la sauvagerie, le "massacre d'innocents" (ou, si l'on préfère, "le heurt des civilisations" ) et les "dommages de guerre". Pure sophistique, délicate algèbre de la "justice sans limites" ! Combien faudra-t-il de morts irakiens pour améliorer le monde ? Combien de morts afghans pour un seul mort américain ? Combien d'enfants morts pour un seul homme mort ? Combien de cadavres de moudjahidins pour le cadavre d'un seul banquier d'affaires ?
La coalition des superpuissances mondiales resserre son étau sur l'Afghanistan, l'un des pays les plus pauvres qui soient, l'un des plus sinistrés, des plus déchirés par la guerre. Les talibans au pouvoir y offrent un abri à Oussama Ben Laden, tenu pour responsable des attentats du 11 septembre. Faut-il décimer l'ensemble de la population en guise de réparation ? L'économie est chamboulée. Et le problème qui se pose à une armée d'envahisseurs, c'est en réalité que le pays ne possède aucun des signes ou des repères conventionnels à pointer sur la carte : ni bases militaires, ni complexes industriels, ni usines de traitement de l'eau. Les exploitations agricoles se sont transformées en charniers, la campagne est jonchée de mines antipersonnel - au nombre de 10 millions, selon les estimations les plus récentes. L'armée américaine devrait donc commencer par déminer le terrain et par construire des routes pour frayer une voie à ses soldats.

Contemplons-la, la "justice sans limites" au XXIe siècle : des civils mourant de faim en attendant d'être tués. Aux Etats-Unis, on a grossièrement parlé de "ramener l'Afghanistan à l'âge de pierre en le bombardant". Quelqu'un aurait-il l'amabilité d'annoncer qu'il n'est pas besoin de l'y ramener, qu'il y est déjà ? Peut-être que les Américains ne savent pas très bien où se trouve l'Afghanistan, mais cela n'empêche pas le gouvernement américain et l'Afghanistan d'être de vieux amis. En 1979, après l'invasion soviétique de l'Afghanistan, la CIA et l'ISI (InterServices Intelligence : les services de renseignement pakistanais) ont lancé la plus grande opération indirecte de la CIA depuis la guerre du Vietnam. Leur but ? Canaliser l'énergie de la résistance afghane et l'enrôler dans une guerre sainte, un djihad islamique qui dresserait contre le régime communiste les pays musulmans de l'Union soviétique et finirait par l'ébranler.

Au fil des ans, par l'intermédiaire de l'ISI, la CIA a financé et recruté, dans quarante pays musulmans, des dizaines de milliers de moudjahidins extrémistes qui ont servi de soldats dans cette guerre que livrait l'Amérique par pays interposés. La grande masse d'entre eux ne savaient pas qu'ils se battaient pour l'Oncle Sam. (Mais l'ironie veut que l'Amérique n'ait pas su non plus qu'elle finançait une future guerre contre elle-même.)

En 1989, saignés à blanc par dix années de conflit sans relâche, les Russes se sont retirés, laissant derrière eux une civilisation en ruine. La guerre civile s'est poursuivie de plus belle dans le pays. Le djihad s'est étendu à la Tchétchénie, au Kosovo, puis au Cachemire. La CIA a continué à envoyer des fonds et du matériel militaire, mais, vu l'ampleur des frais généraux, il a fallu trouver encore plus d'argent. C'est alors que les moudjahidins, prétextant un "impôt révolutionnaire", ont donné l'ordre aux paysans de planter de l'opium. Sous la protection de l'ISI, des centaines de laboratoires de traitement de l'héroïne se sont implantés à travers le pays. Deux ans après l'arrivée de la CIA, la frontière pakistano-afghane était devenue le plus grand producteur mondial d'héroïne, la principale source d'approvisionnement pour les villes américaines. Les bénéfices annuels, situés dans une fourchette entre 100 et 200 milliards de dollars, étaient reversés au profit de l'entraînement et de l'armement des militants.

En 1996, les talibans, qui ne formaient alors qu'une secte dangereuse de fondamentalistes intégristes, se sont battus pour s'emparer du pouvoir, avec le soutien financier de l'ISI, ce vieil acolyte de la CIA, et l'appui des partis politiques pakistanais. Ils ont instauré un régime de terreur et s'en sont d'abord pris à leurs concitoyens, en particulier aux femmes : fermeture des écoles de filles, licenciement des fonctionnaires de sexe féminin, application de la charia stipulant que les femmes jugées "immorales" devaient être lapidées et les veuves coupables d'adultère, enterrées vivantes. Devant ce terrible bilan qui bafoue les droits de l'homme, on a du mal à croire que la perspective d'une guerre, ou d'une menace pesant sur la vie des civils, suffise à intimider le gouvernement taliban ou à le détourner de ses buts.

Après tout ce qui s'est passé, peut-il y avoir plus grande ironie que de voir la Russie et l'Amérique se donner aujourd'hui la main pour re-détruire l'Afghanistan ? Reste à savoir si on peut détruire la destruction... De nouveaux bombardements en Afghanistan n'auront d'autre résultat que de déplacer les décombres, de semer le désordre parmi quelques vieilles tombes et de troubler les morts. Le paysage dévasté de l'Afghanistan formait le cimetière du communisme soviétique, le tremplin d'un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis. Il a accommodé le néocapitalisme et la mondialisation des grandes entreprises - là encore sous la coupe des Etats-Unis. Or voici que l'Afghanistan s'apprête à se transformer en cimetière pour les soldats sortis victorieux, contre toute attente, de cette guerre pour l'Amérique.

Et que dire de l'allié supposé des Etats-Unis ? Le Pakistan a lui aussi subi de graves pertes. Le gouvernement américain n'a pas hésité à soutenir les dictateurs militaires qui ont tout fait pour empêcher l'idéal démocratique de s'enraciner. Avant l'arrivée de la CIA, il existait un petit marché rural de l'opium. Entre 1979 et 1985, le nombre d'héroïnomanes, parti de presque rien, s'est considérablement accru. Même avant le 11 septembre, des millions d'Afghans vivaient dans des camps de réfugiés sommaires le long de la frontière.

L'économie pakistanaise s'effondre. La violence fanatique, les programmes mondialistes d'ajustement structurel et les seigneurs de la drogue mettent le pays en pièces. Destinés à combattre les Soviétiques, les centres d'entraînement terroristes et les madrasas, qui affleurent sur l'ensemble du territoire comme des dents de dragon, ont produit des fondamentalistes qui jouissent d'un immense succès populaire au Pakistan même. Les talibans, que le gouvernement pakistanais soutient, finance et protège depuis des années, ont noué des alliances matérielles et stratégiques avec les partis politiques pakistanais. Et c'est à ce pays que le gouvernement américain demande (oui, demande) d'étrangler le petit animal qu'il nourrit secrètement au biberon depuis tant d'années ? Après s'être solennellement engagé aux côtés des Etats-Unis, le président Moucharraf pourrait bien avoir à affronter une espèce de guerre civile plus tard.

Pour des raisons géographiques, mais aussi grâce à la vision de ses anciens dirigeants, l'Inde a jusqu'ici eu la chance d'être exclue de ce grand jeu. Si elle avait été attirée dans la partie, il y a fort à parier que notre démocratie, dans l'état où elle se trouve, n'aurait pas survécu. Alors que nous sommes un certain nombre à contempler la situation avec horreur, nos dirigeants se livrent à une danse du ventre effrénée en suppliant les Etats-Unis d'établir leurs bases militaires en Inde plutôt qu'au Pakistan. Nous étions pourtant aux premières loges pour assister au destin ignoble de nos voisins. La volonté du gouvernement n'est pas seulement étrange : elle est inconcevable. Comment un pays du tiers-monde, doté d'une économie fragile et de bases sociales complexes, peut-il encore ignorer qu'inviter sur son sol une superpuissance comme les Etats-Unis (à titre provisoire ou sur le long terme) revient à exposer son pare-brise à un jet de pierres ?

Dans le matraquage médiatique qui a suivi les événements du 11 septembre, les principales chaînes de télévision ont été fort discrètes sur l'implication américaine en Afghanistan. Pour ceux qui n'étaient pas au courant, les reportages pouvaient sembler émouvants ou troublants, voire larmoyants aux yeux des cyniques. Mais pour ceux d'entre nous qui connaissons l'histoire récente de l'Afghanistan la couverture des attentats et la rhétorique de la "coalition mondiale antiterroriste" ne constituent ni plus ni moins qu'un affront. La "liberté" de la presse américaine, comme la "liberté" de l'économie de marché, doit répondre de bien des errements.

De toute évidence, l'opération "Liberté immuable" vise à promouvoir le mode de vie à l'américaine. Mais elle finira sans doute par en saper complètement les fondations. Elle va décupler la colère et le terrorisme dans le monde entier. Pour le commun des mortels, aux Etats-Unis, elle ne signifie rien d'autre que vivre dans un climat révoltant d'incertitude : mes enfants seront-ils bien protégés à l'école ? Y aura-t-il des gaz neurotoxiques ? Une bombe dans la salle de cinéma ? La personne que j'aime rentrera-t-elle à la maison ce soir ? On agite le spectre d'une guerre biologique. Mais la mort au compte-gouttes risque d'être pire que l'anéantissement brutal de l'espèce par une explosion nucléaire.

Le gouvernement américain - suivi sans aucun doute par tous les gouvernements du monde - va profiter du climat de guerre pour brider les libertés civiques, restreindre la liberté d'expression, procéder à des licenciements massifs, harceler des minorités ethniques et religieuses, réduire les dépenses publiques et détourner d'énormes sommes d'argent vers l'industrie de l'armement. Dans quel but ? Le président Bush ne saurait "débarrasser le monde des agents du mal", pas plus qu'il ne saurait le peupler de saints. Il est absurde que le gouvernement américain caresse le projet d'éliminer le terrorisme par une escalade de violence et d'oppression. Le terrorisme est le symptôme, non la maladie. Il voyage sans passeport. Il est transnational, mondial, au même titre que des entreprises comme Coca-Cola, Pepsi ou Nike. Dès les premières difficultés, il peut lever le camp et déménager ses "usines" dans un pays qui lui offrira plus d'avantages. Exactement comme les multinationales.

En tant que phénomène, le terrorisme peut ne jamais disparaître. Mais pour le maîtriser il faut déjà que l'Amérique commence par reconnaître qu'elle partage la planète avec d'autres nations, d'autres êtres humains qui, même s'ils ne passent pas à la télévision, ont eux aussi leurs amours, leurs chagrins, leurs histoires, leurs chants, leurs douleurs - grands dieux ! -, leurs droits. Mais on en est loin.

Les attentats du 11 septembre portent la marque d'un monde complètement détraqué. Ben Laden en a peut-être rédigé le message (qui sait ?), ses coursiers l'ont peut-être livré, mais il aurait tout aussi bien pu être signé par les fantômes des victimes des anciennes guerres américaines. Par les millions de morts en Corée, au Vietnam et au Cambodge, les 17 500 morts lorsque Israël, en 1982, a envahi le Liban avec l'appui des Etats-Unis, les dizaines de milliers d'Irakiens morts pendant l'opération "Tempête du désert", les milliers de Palestiniens tués en luttant contre l'occupation de la Cisjordanie par Israël. Et par les millions de morts en Yougoslavie, en Somalie, en Haïti, au Chili, au Nicaragua, au Salvador, dans la République dominicaine, au Panama - autant de pays dirigés par des terroristes, des dictateurs, des auteurs de génocides que le gouvernement américain soutenait, formait, finançait et armait. La liste est loin d'être exhaustive.

Pour une nation si impliquée dans la guerre et le conflit, les Américains ont eu une chance extraordinaire. Les événements du 11 septembre ne constituent que la deuxième attaque sur leur sol en plus de cent ans. La première, c'était à Pearl Harbour. Les représailles qui se sont ensuivies ont emprunté maints détours, mais elles se sont terminées par Hiroshima et Nagasaki. Aujourd'hui, le monde attend les horreurs à venir en retenant son souffle.

Dans un article intitulé " a nécessité de la dissidence" ( The Guardian du 18 septembre), George Monbiot écrivait que, si Oussama Ben Laden n'existait pas, il faudrait que l'Amérique l'invente. Mais en un sens l'Amérique l'a bel et bien inventé. Il faisait partie du djihad en Afghanistan en 1979, lorsque la CIA y a lancé ses opérations. Ben Laden possède le privilège d'avoir été créé par la CIA et d'être recherché par le FBI. En une quinzaine de jours, il est passé du statut de suspect à celui de suspect numéro un, puis, malgré l'absence de preuves véritables, il a gravi tous les échelons et s'est hissé au rang suprême de celui qu'on réclame "mort ou vif".

Les talibans ont fait preuve d'une pertinence qui leur ressemble peu lorsque les Etats-Unis ont exigé l'extradition de Ben Laden : "Donnez-nous les preuves, ont-ils répondu, et nous vous le livrerons." Bush a répliqué que ses exigences n'étaient "pas sujettes à négociation". Est-ce que l'Inde pourrait en profiter, accessoirement, pour exiger l'extradition de l'Américain Warren Anderson ? En tant que PDG d'Union Carbide, il est responsable de la fuite de gaz qui s'est produite à Bhopal en 1984, causant la mort de 16 000 personnes. Nous avons rassemblé les preuves nécessaires. Elles sont toutes versées au dossier. Vous pourriez nous le livrer, s'il vous plaît ? Merci.

Mais qui est vraiment Oussama Ben Laden ? Ou pour le dire autrement : qu'est-ce qu'Oussama Ben Laden ? C'est le secret de famille de l'Amérique. Le double noir de son président. Le jumeau sauvage de tout ce qui se targue de beauté et de civilisation. Le rejeton d'un monde ravagé par la politique étrangère de l'Amérique : par sa diplomatie de la canonnière, son arsenal nucléaire, sa volonté, comme il est dit vulgairement, de s'arroger une "domination sans partage", par son effroyable mépris de vies qui ne sont pas américaines, par ses interventions militaires barbares, son soutien à des régimes despotiques et dictatoriaux, son programme économique impitoyable, prompt à ne faire qu'une bouchée de pays pauvres comme s'il s'agissait d'une nuée de sauterelles. Sans parler de ses multinationales en maraude qui gouvernent l'air que nous respirons, le sol que nous foulons, l'eau que nous buvons, les pensées que nous avons.

Maintenant que le secret de famille est divulgué, les jumeaux se fondent l'un dans l'autre et deviennent peu à peu interchangeables. Leurs canons, leurs bombes, leur argent et leurs drogues tournent en boucle depuis un moment. Les missiles Stinger qui attendent les hélicoptères américains ont été fournis par la CIA ; l'héroïne consommée par les toxicomanes américains vient d'Afghanistan ; l'administration Bush a récemment fait don de 43 millions de dollars pour financer une "lutte antidrogue"...

Bush et Ben Laden ont désormais recours à la même terminologie. Chacun représente "la tête du serpent" aux yeux de l'autre. Aucun ne se prive d'invoquer Dieu et d'employer un vague lexique millénariste où ont cours les notions de bien et de mal. Ils sont tous les deux impliqués dans des crimes politiques sans ambiguïté, tous les deux armés jusqu'aux dents - l'un avec l'arsenal nucléaire des puissants qui ne redoutent pas l'obscénité, l'autre avec le rayonnement destructeur des cas les plus désespérés. La boule de feu et le pic à glace. La matraque et la hache. Ce qu'il faut garder présent à l'esprit, c'est qu'aucun terme de l'alternative ne représente une solution acceptable pour remplacer l'autre.

Tribune publiée dans Le Monde du 15 octobre 2001

Traduit de l'anglais par Frédéric Maurin. © Arundhati Roy 2001

Roy Arundhati , écrivain

mardi, 19 avril 2011

Quelsque chiffres sur l'énergie en France.

Réserves mondiales d'énergie fossile: 

Pétrole: 40 à 50 ans.

Charbon: 200 ans.

Gaz naturel: 60 ans.

Réserves mondiales d'énergie nucléaire:

Fission (U235): 40 ans.

Surgénérateurs (U238): 600 ans.

Fusion: Inépuisable (?)

Nouveau vecteur:

Hydrogène: Inconnu.

(Source: B. Multon, Professeur à l'ENS Cachan.)

 

Energie primaire consommée:

Energie Nucléaire: 41% de l'énergie primaire consommée

Pétrole: 33.7% de l'énergie primaire consommée

Gaz: 14% de l'énergie primaire consommée

Charbon: 4.8% de l'énergie primaire consommée

Energie renouvelable: 6.5% de l'énergie primaire consommée

(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)

 

Production électrique:

Energie nucléaire: 86.8%          (Energie nucléaire = 86.8%, production en TWh*10 en 30 ans)

Charbon: 4.5%

Gaz: 3.3%                               (Energie fossile = 9%, production en TWh/2 en 30 ans)

Pétrole: 1.1%

Energie renouvelable: 4.2%      (Energie renouvelable = 4.2%, production en TWh inchangée en 30ans)

(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)

 

Consommation énergétique finale par usages (toutes énergies): 

(= env. 60% de l'énergie primaire consommée, 35% étant utilisée par la filière de production énergétique elle-même, et 5% pour une utilisation autre qu'énergétique)

Chaleur basse température: eau chaude, chauffage: 31%

Electricité pour appareil courant: électroménager, ordinateur,... : 11.5%

Industrie-sidérurgie: 23.5%

Agriculture: 2%

Force motrice pour les transports: 32%

(Source: Chiffres observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)

 

Consommation électrique finale par usages:

Résidentiel-Tertiaire: 62%                       (Consommation multipliée par 4 en 30 ans - 1970/2000.)

Sidérurgie: 2.5%

Industrie: 32.5%

Agriculture: 0.5%

Force motrice pour les transports: 2.5%

(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)

 

Pertes de chaleur d'une maison individuelle mal isolée:

Toiture: 30%

Murs: 25%

Air renouvelée: 20%

Vitres: 13%

Sols: 7%

Ponts thermiques: 5%

 

100% de l'énergie primaire consommée en France =

35% = Filière énergétique elle-même

5% = utilisation autre qu'énergétique

60% = utilisation finale énergétique =

  Soit        18.6% = Chaleur basse température: eau chaude, chauffage

               6.9% = Electricité pour appareil courant: électroménager, ordinateur,...

               14.1% = Industrie-sidérurgie

               1.2% = Agriculture

               19.2% = Force motrice pour les transports

(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)

 

Echanges physique d'électricité avec l'étranger (2009, Exportation/Importation enTWh):

Allemagne: +10.6/-1.4

Royaume-Uni: +7.7/-3.4

Bénélux: +1.8/-6.6

Suisse: +8.3/-4.2

Italie: +11.8/-0.6

Espagne: +4.2/-2.3

Soit: Environ 10% de la production en France est exportée en 2009, solde positif représentant environ 5% de la production.

Sur les 15 années (1995-2009) le solde est positif et représente environ 10% de la production en France.

(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)

 

Quelques ordres de grandeur pour la production d'électricité:

Une production moyenne de 10 TWh sur une année peut être obtenu avec l'un des moyens de production suivants:

Thermonucléaire:  9/10ème d'un réacteur de 1450 MW

Eolien: 2000 éoliennes d'une puissance de 2 MW

Photovoltaïque: 10 millions d'installations de 10m² (soit 100km²) d'une puissance de 1kW pour 10m²

Thermique à flamme:

- Biomasse: 16 millions de tonnes de bois

- Charbon: 3.5 millions de tonnes

- Pétrole: 2.2 millions de tonnes

- Gaz: 1.6 milliard de m3

(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)

samedi, 19 mars 2011

... ou l'age de raison.

Fukushima ou la fin de l'anthropocène

Le tsunami qui a frappé le nord-est du Japon et les explosions consécutives dans la centrale nucléaire de Fukushima forment un emboîtement implacable de catastrophes humaines, géologiques et psychiques.

L'imbrication des éléments naturels avec les objets industriels fait de notre planète un laboratoire à ciel ouvert : aucun lieu de la Terre n'échappe plus à l'expérimentation. S'il y a bien un épicentre géologique naturel du tremblement de terre qui a dévasté le nord-est de l'île d'Honshu, la centrale de Fukushima, elle, représente l'épicentre symbolique de l'ère de l'anthropocène.

Depuis les débuts de l'époque industrielle, Homo faber s'est érigé en force géologique centrale et toute-puissante. Cette époque a commencé, il y a deux cents ans, avec les débuts de la révolution industrielle. Aujourd'hui, tous les cycles de la biosphère sont modifiés par les activités humaines - cycle du carbone, de l'eau, du phosphore...

Les glaciologues mesurent au fond des glaces polaires un surdosage de gaz à effet de serre apparu depuis les débuts de l'industrialisation, d'une ampleur inédite par rapport aux 800 000 années précédentes. Les conditions climatiques actuelles, bouleversées, ne sont plus seulement naturelles. Jamais les éléments n'ont connu de transformation si rapide. L'énergie tirée du charbon, du pétrole et de l'uranium a conféré à Homo faber une capacité accélérée d'exploitation et de destruction de la nature.

Le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki a marqué le paroxysme de cette ère de l'anthropocène. L'énergie électronucléaire trouve son péché originel dans l'explosion de la bombe atomique.

Uranium et plutonium sont aujourd'hui associés dans le combustible Mox, qui fait la fierté de l'industrie nucléaire française. "Ecologiques", car issues du recyclage d'une partie des déchets hautement radioactifs, "confinées" dans des fûts et des piscines aujourd'hui éventrées à Fukushima, ces matières - les plus dangereuses de la planète - alimentent des interrupteurs, des radiateurs, des réfrigérateurs, des trains à grande vitesse et des usines.

La consommation et l'étourdissement de masse étant devenus un état de nature au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, les fournisseurs d'électricité nucléaire ont revêtu les paillettes d'une "movida" mondiale présentée comme force d'émancipation. La récente publicité -d'Areva ne montre-t-elle pas une centrale nucléaire à proximité d'une plage imaginaire, semblable à Copacabana ou à Sendai avant le tsunami, où bat son plein une fête au son d'une techno lobotomique ?

L'anthropocène, c'est aussi cela : une ère d'exubérance qui abolit l'angoisse, où l'automobile et l'écran plat sont devenus des droits humains fondamentaux. Une ère d'addiction, où la production de moyens est devenue la fin de l'existence. Une ère d'accélération, où la croissance, qui repose sur le cycle sans fin de la production et de la consommation, doit produire toujours plus d'objets inutiles pour ceux qui en ont déjà trop. C'est la logique même du productivisme.

Le volume des objets électro-industriels excède la capacité de compréhension de notre imagination et de nos sentiments, écrit le philosophe Günther Anders. Que le Japon, archipel vulnérable, déjà frappé par deux bombes atomiques, ait pu consentir à ériger cinquante-quatre réacteurs nucléaires sur une faille sismique illustre sans doute le désarmement de l'entendement humain face à ses créations sidérantes.

Jusqu'au jour où... le sommeil de la conscience engendre des monstres. Les bombes à retardement - nucléaires, climatiques, chimiques - commencent à exploser. Nous y sommes.

Face aux vestiges des villes détruites, face à la texture du futur, qui n'est plus la même, l'effroi n'en finit pas. La réparation des dégâts immenses s'annonce lourde et longue, si tant est qu'elle soit possible. Mais la panne et l'explosion de l'enceinte de confinement des réacteurs atomiques relèvent de l'irréparable et de l'irréversible. Des zones entières vont être interdites à jamais, comme dans le Stalker, de Tarkovski.

L'énergie nucléaire est d'un autre ordre temporel que la force tellurique des plaques tectoniques ou que le feu des volcans. Le déchaînement des éléments a révélé la démesure autant que la fragilité des machines thermo-industrielles.

L'humanité, actrice et victime de cette démesure, a créé les conditions de sa vulnérabilité en devenant un moteur de transformation géologique plus dangereux que les forces de la Terre. Aujourd'hui, l'explosion de la centrale de Fukushima nous dit que nous avons rendez-vous avec la sortie fracassante de l'anthropocène. Cette catastrophe nous intime de déployer une forme d'éveil non tributaire du rythme des machines de la thermo-industrie.

La fin des temps qui se déroule dans le nord-est du Japon sollicite un sursaut, une prise de conscience de l'inanité des formes de la croissance actuelle, fondées sur une soif terrifiante d'énergie, pour le plus grand profit momentané de quelques firmes planétaires. Les sociétés doivent se ressaisir afin d'inventer des systèmes à taille humaine, résilients et coopératifs.

Agnès Sinaï, journaliste environnementale, maître de conférences à Sciences Po Paris, cofondatrice de l'Institut Momentum

dimanche, 11 janvier 2009

Un article très interessant... forcement!

Enquête
Sommes-nous trop nombreux ?

LE MONDE 2 | 09.01.09 | 19h00  •  Mis à jour le 09.01.09 | 19h04


ardi 23 septembre 2008, retenez cette date. Ce fut "le jour du dépassement", le earth overshoot day de l'année. La date où la population humaine a épuisé les ressources produites en un an par le mince manteau vivant qui enveloppe la Terre, la biosphère ou écosphère. Depuis, nous allons au-delà de ce que la planète nous offre – de sa biocapacité.
Comment identifions-nous ce mardi fatal si précisément ? Grâce à l'organisation non gouvernementale canadienne Global Footprint Network, fondée en 2003, qui travaille à quantifier l'"empreinte écologique" des activités humaines. Cet outil d'analyse, sorte de " panier de la ménagère " global, ou de PIB à l'envers, a été mis au point dans la foulée du Sommet de la terre de Rio, en 1992, par les universitaires William Rees et Mathis Wackernagel. Il est aujourd'hui reconnu par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – quoique sans cesse critiqué, réévalué. Pour le calculer, Global Footprint Network compare le rythme auquel, chaque année, la nature produit des ressources – aliments, combustibles, etc. – et assimile les déchets, et le rythme auquel l'humanité consomme ces ressources et produit des déchets. Quand nous excédons les possibilités terrestres, nous atteignons "le jour du dépassement". Le premier, selon l'ONG, est tombé le 31 décembre 1986. En 1996, il se situait début novembre. En 2007, le 6 octobre. Aujourd'hui, le 23 septembre. Et dans dix ans ? Notre crédit terrestre s'épuise – après le crédit bancaire.

Une représentation frappante valant mieux qu'un long discours, les chercheurs évaluent l'"empreinte écologique" d'Homo sapiens en hectares terrestres. l'OCDE en donne cette définition : "la mesure de la superficie biologiquement productive nécessaire pour pourvoir aux besoins d'une population humaine de taille donnée". Les derniers calculs montrent que nous avons largement dépassé notre quota – globalement. La Terre ne peut aujourd'hui offrir que 1,78 hectare global (hag) par habitant, pas un centimètre carré de plus. Or la consommation mondiale actuelle exige 2,23 hag productifs per capita. Et les calculs montrent que si l'ensemble de la population humaine adoptait aujourd'hui le mode de vie des Européens et des Américains – voitures, eau chaude à volonté, viande chaque jour, énergies fossiles à la demande… –, il lui faudrait disposer en surface de quatre à cinq planètes Terre.

Ne riez pas ! Les nouvelles classes moyennes chinoises et indiennes ont commencé de vivre à l'occidentale – qui oserait le leur reprocher ? Ajoutez les pollutions de toutes sortes associées à ce train de vie. En octobre 2007, quatre chercheurs suisses rattachés à Futuribles, un centre indépendant d'étude et de réflexion prospective sur le monde contemporain, ont ajouté les polluants et la "charge en carbone" à l'empreinte écologique des populations : ils en déduisent, au regard de la capacité d'assimilation des émissions de CO2 par la biosphère, que onze planètes Terre seraient nécessaires pour satisfaire les besoins d'une humanité qui aurait adopté le mode de vie occidental.

Sombres prédictions

Comment s'étonner alors que beaucoup s'interrogent : et si nous étions trop nombreux, déjà, pour cette Terre ? Notre démographie n'est-elle pas la cause de nos malheurs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, militaires, comme l'affirmait déjà l'austère Thomas Malthus… en 1798 ? Les "émeutes de la faim" qui ont secoué en avril 2008 des pays très peuplés – Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Egypte, Haïti, Indonésie, Maroc, Philippines, Nigeria, Sénégal… – ne lui donnent-ils pas raison ? Le pasteur britannique Thomas Malthus, économiste, affirmait que la population humaine croît de façon exponentielle (2, 4, 8, 16, 32…) et les ressources, de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, 5…). Inévitablement, nous irions vers l'épuisement des biens, la famine, la guerre de tous contre tous.

Le Prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, a montré que Malthus avait raison en son temps : les paysans français de 1789 vivaient dans une pénurie chronique, 20 % d'entre eux étaient affaiblis par la malnutrition. Mais au XIXe siècle, ses sombres prédictions ont été démenties par l'accroissement des rendements agricoles, l'essor des échanges internationaux et des biens de subsistance, sans oublier l'immigration. Autrement dit, l'esprit aventureux et les progrès des techniques, le génie humain, ont désavoué Malthus.

Las. Nous savons aujourd'hui qu'il faut relativiser les succès du "progrès" et du rendement. L'empreinte écologique, le réchauffement qui s'accélère combinés à une croissance forte de la population ne ramènent-ils pas l'humanité à une situation "malthusienne" – une spirale tragique ? Beaucoup le pensent, et pas seulement les militants de la décroissance ou les radicaux du mouvement néomalthusien Negative Population Growth (NPG). Prenez Ted Turner, fondateur de la chaîne d'actualités CNN, grand financier de la Fondation des Nations unies. Cet homme informé déclarait en avril 2008 sur la chaîne PBS : "Nous sommes trop nombreux. Voilà pourquoi nous avons le réchauffement climatique. […] Tous les habitants de la planète doivent s'engager à avoir un ou deux enfants, c'est tout. […] Ne pas contrôler la population est un suicide." Ouvrez notre-planete.info, un site proche de l'ONG Les Amis de la Terre, tapez "surpopulation". Parmi les premiers articles : "Homo sapiens est la pire espèce invasive." Extraits : "Nous feignons d'ignorer la finitude d'un monde dans laquelle notre multitude puise allègrement et sans relâche. Il faut quelque chose de plus qu'un couple pour faire un enfant, il faut au moins une planète viable. Posséder une famille nombreuse n'est-il pas un délit environnemental, une grave atteinte à la planète et à l'avenir commun ?"

Ecoutons maintenant l'inquiétant directeur de la CIA de George W. Bush, le général Michael V. Hayden, autre homme informé. S'appuyant, en avril 2008, sur les chiffres de l'ONU qui annoncent une population de 9 milliards d'humains en 2050, il prévoit un dangereux déséquilibre démographique entre l'Afrique et l'Europe vieillissante – synonyme de tensions aux frontières et d'une immigration à risque –, ainsi que des "troubles" et des "violences" dans les pays où la population va tripler – Afghanistan, Liberia, Niger, République démocratique du Congo – ou doubler – Ethiopie, Nigeria, Yémen.

Propos angoissés

Dès qu'on évoque la surpopulation, on ouvre la boîte de Pandore. Vieux démons, angoisse du futur, fantasmes collectifs – peur de l'invasion, du pullulement – jaillissent pour se mêler à des peurs très concrètes. En 1932 déjà, quand la population humaine a atteint 2 milliards, le philosophe Henri Bergson écrivait : "Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars." En 1948, Albert Einstein mettait solennellement en garde l'Abbé Pierre contre les "trois explosions" menaçant notre "monde mortel" : la bombe atomique, la bombe information, la bombe démographique. En 1971, dans la lignée du Club de Rome, l'écologiste Paul R. Ehrlich, spécialiste des populations d'insectes, publiait le best-seller La Bombe P (Fayard). Il y dénonçait "la prolifération humaine", qu'il assimile à un "cancer" : "Trop de voitures, trop d'usines, trop de détergents, trop de pesticides, […] trop d'oxyde de carbone. La cause en est toujours la même : trop de monde sur la Terre." Aujourd'hui, il suffit d'écouter les émissions "de société" à la télévision, de parcourir les sites écologiques ou les chats d'actualité des médias pour retrouver ces propos angoissés. On lisait par exemple dans les débats du monde.fr, après un article consacré au "jour du dépassement" : "Quand, dans trente ans, nous serons 1,5 milliard de plus sur Terre, je ne donne pas cher du concept d'acquis sociaux, de progression du pouvoir d'achat et autres balivernes du même tonneau. " (25 septembre 2008).

Cette angoisse peut aussi être amplifiée par des mensonges modernes sur l'invasion venue du Sud surpeuplé. Mais, contredisant cette démagogie, un rapport publié en 2004 par le département des affaires économiques et sociales de l'ONU (World Population to 2300) indique que les immigrés venus des pays pauvres contribueront pour 4 % à la croissance démographique des pays développés d'ici à 2050 – aujourd'hui pour 3 % –, ce qui rajeunira une Europe vieillissante. Toutes les études confirment que, dans leur immense majorité, les populations du Sud veulent continuer à vivre où elles sont nées. Même dans les situations de crise – guerre civile, sécheresse, inondations… –, les habitants émigrent à proximité ou dans un pays voisin, puis reviennent toujours. Ce ne sont pas des "envahisseurs". Ils souhaitent vivre mieux, en paix, chez eux – comme le reste de l'humanité.

C'est patent, la question dite de la surpopulation remue des peurs irrationnelles. Prenons un autre exemple, moins politique. J'ai rencontré plusieurs Parisiennes de 30 ans, en couple ou célibataires, qui se disent bien décidées à ne pas avoir d'enfant. Sans prétendre ici donner une explication univoque – certaines veulent préserver leur "capacité de création", d'autres leur relation de couple, ou leur liberté, ou les trois –, force est de constater : la surpopulation est revenue à chaque fois dans nos entretiens, mêlée à des analyses inquiètes sur l'état de la planète. Tout comme dans le livre best-seller de Corinne Maier, No Kid. Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant (Michalon, 2007), où une des raisons invoquées est : pourquoi ajouter un enfant à un monde surpeuplé ?

L'une de ces femmes, attachée de presse, explique qu'à force de vivre en ville, elle n'a plus l'impression de participer "aux processus naturels" – elle ne voit plus le renouvellement de la vie, l'arrivée du printemps, "à peine le ciel". Elle ne se sent plus "une femme archaïque" : avec des enfants. La deuxième, ingénieur, n'espère plus rien de l'avenir de l'humanité. Elle garde en mémoire les massacres du XXe siècle, persuadée que le réchauffement, combiné à la surpopulation, va apporter de nouvelles guerres, des famines ou pire. Alors, faire des enfants… Une autre s'indigne : "Il existe déjà tant d'enfants pauvres autour du monde. Je préfère adopter." Une quatrième, voyageuse, a vu les hindous et les musulmans s'affronter en Inde, les riches s'armer dans des ghettos protégés en Amérique latine. "C'est affreux, dit-elle, une autre guerre vient, la guerre de la surpopulation. La haine de l'autre devient une réaction de survie. Toutes les valeurs s'inversent. Espérer que les Africains meurent du sida, ou s'entre-tuent, tourne à la blague de bureau : Comme ça, ils seront moins ! " Sombres visions. Alors, faut-il redevenir malthusiens ?

La "bombe P" n'explosera pas

"La démographie a toujours été associée à la fin du monde, à la disparition de l'Homme, au Jugement dernier, note le démographe Hervé Le Bras. Procédant par projections, on l'interprète comme des prédictions, toujours catastrophistes. Au début du siècle, en Europe, on s'inquiétait surtout de la dépopulation ! Les Français devaient procréer, il ne fallait pas laisser les Allemands être plus nombreux que nous. Les économistes associaient natalité et prospérité. Dans les années 1970, tout a changé avec les écologistes comme René Dumont, qui prédisaient l'épuisement rapide des ressources. Certains démographes annonçaient alors une population de 12 milliards en 2100. Aujourd'hui, nous revoyons tous ces chiffres à la baisse."

Hervé Le Bras, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), raconte avec humour comment toutes les prédictions à long terme, bien étayées, sur le peuplement humain – le démographe américain Joel Cohen en a relevé 68 – se sont révélées fausses. Soit, mais aujourd'hui ? Qu'en est-il des prévisions à court terme – à l'horizon 2030, 2050 ? De fait, en moins de 200 ans, l'humanité est passée de 1 milliard d'habitants (au début du xixe siècle) à 6 milliards (en 1999). Entre 1987 et 1999, soit en treize ans, de 5 à 6 milliards. Aujourd'hui, beaucoup des prévisions pour 2050 tournent autour de 8,4 à 9,5 milliards de Terriens – soit 3 milliards d'hommes en plus. Cet accroissement exponentiel qui effrayait tant Malthus s'arrêtera-t-il un jour ? Aurons-nous assez de ressources pour nous nourrir ? Oui et oui. Voilà la grande nouvelle des études récentes. Aujourd'hui, démentant les alarmistes, les démographes décrivent tous, partout autour du monde, une forte baisse de la fécondité des femmes – donc, à terme, de l'accroissement de la population. Selon eux, comme d'après l'ONU, la " bombe P " n'explosera pas. Que s'est-il passé ? Simplement, sur les cinq continents, les femmes font moins d'enfants.

"Personne n'avait anticipé la baisse rapide de la fécondité dans les pays en voie de développement, explique Hervé Le Bras. Prenez l'Iran. D'une fécondité de 6,5 enfants par femme en 1985, le pays est désormais à 2 enfants, comme en France ! En Chine, beaucoup pensaient qu'il allait être difficile d'imposer l'enfant unique à cause de la tradition de l'héritier mâle, de leur civilisation , etc. Mais cela a été relativement aisé, et rapide. On compte aujourd'hui 1,75 enfant par femme. Ainsi, 400 millions de Chinois annoncés par les courbes démographiques n'ont pas vu le jour. On peut penser que les Chinois étaient prêts à l'accepter. En Inde, cette politique de contrôle des naissances a été moins bien reçue. Dans le nord du pays, il y a encore 4,5 enfants par femme. Mais, en moyenne, l'Inde est passée au-dessous de 3 enfants par famille."

Quelles qu'aient été les politiques menées, tous les effets d'annonce catastrophistes sur la spirale des naissances des pays pauvres, parfois teintés de racisme ou d'une conception agressive du "choc des civilisations", ont été démentis.

" Aujourd'hui, précise Hervé Le Bras, le taux de croissance démographique mondial ralentit. 1,21 % par an en 2006, 0,37 % attendu en 2050. Pourquoi ? Le nombre d'enfants par femme baisse sur les cinq continents. Au Mexique, au Brésil, on tourne autour de 2,2 à 2,3 enfants par famille, 2,4 en Indonésie. En Afrique, si les femmes du Rwanda et d'Ouganda font encore 7 à 8 enfants, au Kenya par exemple, de 8 enfants par femme dans les années 1970, elles sont passées à 4 aujourd'hui. Les renversements de tendance se font très vite."

Partout, les femmes enfantent moins. Le phénomène s'universalise. Souvent, pour que la natalité baisse, il faut selon les démographes un "élément déclencheur" qui transforme les mœurs. Par exemple, en Algérie, dans les années 1970, les femmes se mariaient très jeunes, enfantaient tôt et portaient en moyenne plus de 7 enfants au cours de leur vie. Aujourd'hui, toujours en moyenne, elles se marient à 29 ans et font 2,4 enfants. En Europe du Sud (Italie, Espagne, Grèce), on compte 1,4 enfant par femme – et cette tendance gagne toute la Méditerranée. Dans leur étude sur la démographie du monde musulman, Le Rendez-vous des civilisations (Seuil, 2007), Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que la fécondité des femmes est passée de 6,8 enfants en 1975 à 3,7 aujourd'hui – 2,2 au Maroc, 2,1 en Tunisie. Cette baisse, remarquent-ils, suit partout l'alphabétisation des femmes. Cette prise de contrôle inaugure, nous disent les auteurs, un bouleversement des mentalités "qui irradie les rapports d'autorité, les structures familiales, les références idéologiques (et religieuses), le système politique". Sur ces questions le "choc des civilisations" annoncé par les conservateurs américains n'aura pas lieu.

Si la "bombe P" des malthusiens n'explosera pas, c'est que dans toutes les cultures, sur tous les continents, contredisant nombre d'idées sur l'islam, l'acceptation du modèle de la famille à deux enfants gagne rapidement. Aujourd'hui, si cette révolution des mœurs se poursuit, les démographes de l'ONU tablent sur une population humaine à 8,2 milliards en 2030, 9 milliards en 2050 – et une stabilisation à 10,5 milliards en 2100. La population humaine aura alors achevé sa "transition démographique" : le ralentissement de la fécondité prendra effet en dépit du vieillissement général. Certains chercheurs, comme Mike Davis, auteur d'une étude inquiétante sur la prolifération des bidonvilles (Le Pire des Mondes possibles, La Découverte, 2007), relativisent cependant cet enthousiasme. " Je m'étonne, écrit-il au Monde 2, que les prévisions des démographes de l'ONU pour le siècle varient de quelque 3,5 milliards d'habitants entre les évaluations basses et hautes : c'est-à-dire la population mondiale quand j'étais enfant…" En effet, il suffirait d'une variation de 0,25 % par rapport au scénario de 2,1 enfants par femme (2,35), pour se retrouver 30 milliards avant 2050. Mais, toutes les études le confirment : la baisse de la fécondité féminine autour de deux enfants est générale.

Nourrir 9 milliards d'humains

Au-delà des angoisses et des peurs, la véritable grande question posée par le peuplement sera celle des ressources : les pays, les sols, la Terre pourront-ils nourrir – et supporter – une population de 9 ou 10 milliards d'habitants ? Ici, un détour s'impose. Dans les faits, parler de population "globale" comme d'un grand cheptel n'a pas grande signification. Comment comparer le mode de vie des habitants du Laos et de la Finlande, à population égale ? De l'Algérie, terre d'émigration, et du Canada, d'immigration ? Aujourd'hui la natalité des pays les moins développés progresse six fois plus vite que celle des pays développés – qui vieillissent et se stabilisent. En 2050, 86 % de la population mondiale habitera un pays pauvre ou émergent – la moitié en Chine et en Inde, dotés d'une politique antinataliste. Les répercussions d'un tel peuplement varieront fortement d'une région et d'un pays à l'autre, selon la fertilité des sols, l'eau, la qualité des terres. Mais surtout selon les politiques des gouvernements – économiques, agricoles, sociales. Le Prix Nobel d'économie 1998, l'Indien Amartya Sen, a bien montré combien la pauvreté et les famines découlent avant tout, non d'une population trop nombreuse, mais du manque de vitalité démocratique et de l'absence d'Etat social. L'Inde, par exemple, a connu des grandes famines jusqu'en 1947, date de son indépendance. Ensuite, le multipartisme, l'existence d'une opposition et d'une presse libre ont permis de prévenir et circonvenir les désastres. Qui plus est, l'Inde nourrit aujourd'hui une population de 1 milliard d'habitants parce qu'elle a réussi sa "révolution verte" – irrigation, conservation des sols, engrais, rendements – grâce à une politique d'Etat résolument tournée vers l'autosuffisance.

Aujourd'hui, 850 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. La plupart vivent dans les pays du Sud qui ont été secoués par les émeutes du pain du printemps 2008. Est-ce parce qu'ils sont trop peuplés ? En juin, réagissant dans l'urgence, les responsables de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ont tenu un sommet. Ses experts n'ont pas accusé la surpopulation, mais avant tout l'augmentation de 50 % du prix des céréales. Ils ont aussi dénoncé une production agricole mondiale insuffisante. Pas à cause de l'épuisement des terres, mais de leur mauvais usage.

Les agronomes rappellent combien, depuis un demi-siècle, sans se soucier des populations locales, les pays du Nord ont financé les cultures d'exportation des pays du Sud (notamment en Amérique latine) – le coton, l'herbage d'élevage – au détriment des cultures vivrières. A l'inverse de ce qui s'est passé en Inde, ces politiques néocoloniales ont ruiné l'agriculture de ces pays, avec l'aide de gouvernements autoritaires et corrompus. Résultat : l'Afrique subsaharienne, hier autosuffisante, se trouve contrainte d'importer ses produits de subsistance. Ici encore, comme l'analyse Amartya Sen, rien ne sert d'accuser la croissance démographique. Il faut s'en prendre aux politiques. Voilà pourquoi la FAO appelle maintenant à une gouvernance agricole mondiale, sous l'égide de l'OMC, aidée par la Banque mondiale, pour relancer les productions vivrières et de céréales – jusque dans les jachères d'Europe. Avec une politique agricole concertée, la planète pourrait tout à fait survenir aux besoins d'une population de 10 milliards d'habitants .

Le rapport 2008 de l'OCDE, Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030, est aussi alarmiste que la FAO. Il nous promet, en l'absence d'une politique mondiale volontariste, un avenir très désagréable. Nous en connaissons le refrain. Un réchauffement de 1,7 oC à 2,4 oC en 2050 – prévision basse. Sécheresse, tempêtes, inondations, destruction des infrastructures. Un appauvrissement considérable des " précieux services des écosystèmes ". L'accroissement du " stress hydrique " pour 3 milliards d'humains – une eau mal répartie. Une pollution accrue de l'air. La croissance de la population humaine est-elle la cause première des fléaux annoncés ? Dans une lettre au Monde 2, des experts de l'OCDE répondent : "La population ne pose pas un problème en soi. Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l'environnement ne proviennent pas du nombre d'habitants mais de leurs habitudes de consommation."

Politiques irresponsables

Notre malheur viendra des modes de vie dépensiers, des politiques industrielles, des égoïsmes nationaux – de comportements que nous pourrions changer. Quelques exemples frappent. Selon le rapport 2008 de l'Agence internationale de l'énergie (World Energy Outlook 2008), des millions de voitures rouleront encore au pétrole en 2030, émettant quantités de CO2. Pourquoi au pétrole ? Parce que les grands constructeurs automobiles résistent pour changer leurs chaînes de montage et fabriquer des voitures "vertes" – comme les y engagent les gouvernements qui les renflouent depuis la crise financière de 2008. Le rapport de la FAO, L'Etat de l'insécurité alimentaire dans le monde (novembre 2008), note qu'avec l'amélioration du niveau de vie des pays émergents, des millions de personnes mangeront plus de viande. Ce qui nécessitera un bétail plus nombreux, buvant quantité d'eau, paissant sur des terres dévolues aux herbages – donc perdues pour les cultures vivrières. Ici encore, n'y a-t-il rien à faire ? Ou faut-il mener campagne pour que les Occidentaux contiennent leur "boulimie de viande", comme le préconise l'économiste Jeremy Rifkin ?

Autre remarque des experts de l'OCDE au Monde 2. Nous savons parfaitement que, par leurs vertus régénératrices, les écosystèmes nous sauvent d'une pollution terrestre accélérée et d'un appauvrissement général. Mais gouvernements et industriels, aux Etats-Unis comme dans les pays émergents, poursuivent encore des politiques irresponsables : subventions à l'agriculture intensive, aux pétroliers pollueurs, laisser-faire à l'emploi de produits chimiques, à la pêche industrielle – sans oublier les émissions massives de CO2. "Si aucune action nouvelle n'est entreprise, nous risquons de modifier de façon irréversible les conditions environnementales sur lesquelles repose le maintien de la prospérité économique" : les conclusions du rapport 2008 de l'OCDE sont encore plus inquiétantes que celles du rapport Stern (L'Economie du changement climatique, 2006), qui appelait à consacrer 1 % du PIB mondial à "décarboner" l'industrie. A nouveau, les politiques sont en cause. Pas le nombre d'habitants.

 

Frédéric Joignot

jeudi, 24 mai 2007

Une Lettre à la mode en ce moment, une Lettre qui doit rester dans nos mémoires au delà des modes...

29f50c3ea7642be113537f1c2ce8e1b1.jpg

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino [1]. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.

A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans et demi ! Ma vie a été courte !

Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.

Je vais mourir avec Tintin, Michels [2].

Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant.

Courage !

Votre Guy qui vous aime

Guy

 

Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

 

[1] Roger et Rino sont des "frères" de combat militant.

[2] Tintin désigne Jean-Pierre Timbaud. Michels, c’est Charles Michels, tous deux seront exécutés avec Guy.

 

Guy Môquet (né en 1924 et mort le 22 octobre 1941) est un militant communiste, célèbre pour être le plus jeune des vingt-sept otages du camp de Chateaubriant, fusillés en représailles après la mort de Karl Hotz.

mercredi, 23 mai 2007

Le discours de David Grossman lors de la cérémonie à la mémoire de Rabin

"Tous les ans, la cérémonie à la mémoire d’Itzhak Rabin est un moment où nous faisons une pause, où nous nous souvenons de Rabin, l’homme, le dirigeant, et aussi où nous regardons à l’intérieur de nous-mêmes, où nous regardons la société israélienne, ses dirigeants, l’humeur de la nation, l’état du processus de paix, et aussi notre place en tant qu’individus face aux grands événements de l’Histoire. Cette année, il n’est pas facile de nous regarder nous-mêmes. Il y a eu une guerre, Israël a fait jouer d’énormes muscles militaires, mais cette guerre a justement montré la fragilité d’Israël. Il nous a été démontré que la force militaire dont nous disposons ne peut, au bout du compte, garantir toute seule notre existence. Nous avons surtout découvert qu’Israël connaît une crise plus profonde que nous le craignions, dans presque tous les domaines. Je m’exprime ici ce soir en tant qu’homme pour qui l’amour pour ce pays est difficile et complexe, mais en même temps sans aucune équivoque, et pour qui le pacte qu’il a toujours eu avec avec Israël est devenu, sur le plan personnel, un pacte de sang. Je suis un homme totalement laïque, et malgré cela, la création de l’Etat d’Israël est à mes yeux une sorte de miracle qui nous est arrivé en tant que peuple, un miracle politique, national et humain. Je ne l’oublie jamais, même un instant. Quand bien même de nombreuses choses me révoltent et me dépriment dans la situation que nous vivons, même quand le miracle devient routine et abandon, corruption et cynisme, même quand la réalité paraît une mauvaise parodie de ce miracle, je m’en souviens toujours. Je pars de ce sentiment-là pour vous parler ce soir. "La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle" “Regarde la terre, car nous l’avons gâchée”, écrivait le poète Shaul Tchernikhovski à Tel-Aviv en 1938. Il voulait dire par là que dans le sol d’Israël, nous déposons sans cesse de jeunes gens dans la fleur de l’âge. La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle. Mais pas moins terrible est le sentiment que depuis de nombreuses années, l’Etat d’Israël gâche non seulement les vies de ses fils, mais aussi le miracle qu’il a connu : cette occasion immense et rare que lui a donnée l’Histoire, l’occasion de créer ici un Etat juste, éclairé, démocratique, qui respecterait les valeurs juives et universelles. Un Etat qui serait un foyer national et un refuge, et pas seulement un refuge, mais un endroit qui donnerait un sens nouveau à l’existence juive. Un Etat où une partie essentielle de l’identité, de l’éthos juif, serait un rapport de pleine égalité et de respect à l’égard de ses citoyens non-juifs. Et voyez ce qui est arrivé. Ce qui est arrivé à ce pays jeune, audacieux et plein d’enthousiasme, et comment, comme par un processus de vieillissement accéléré, il est passé directement de l’enfance et de l’adolescence au stade du vieillard acariâtre, mou et aigri. Comment est-ce arrivé ? Quand avons-nous perdu même l’espérance d’une une vie différente, meilleure ? Plus encore, comment pouvons-nous continuer à contempler sans réagir, comme hypnotisés, la folie, la vulgarité, la violence et le racisme qui s’emparent de notre maison ? Et je vous pose la question : Comment un peuple aussi créatif et capable de renouvellement que le nôtre, un peuple qui a su à chaque fois se relever de ses cendres, se retrouve-t-il aujourd’hui, alors qu’il dispose d’une aussi grande force militaire, dans un tel état de faiblesse et d’impuissance, victime, mais cette fois victime avant tout de lui-même, de ses angoisses et de son aveuglement ? “En ce moment, Israël n’a pas de roi [1]. Nos dirigeants sont creux” L’un des sentiments les plus terribles qui nous ait taraudés pendant la dernière guerre a été que, ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël, que nos dirigeants sont creux. Nos dirigeants, militaires et politiques, sont creux. Je ne parle même pas des fautes évidentes commises dans la gestion de cette guerre, de l’abandon de l’arrière, et même pas de la corruption, petite et grande. Je parle du fait que les gens qui dirigent aujourd’hui le pays sont incapables de relier les Israéliens à leur identité. Encore moins à la partie saine, vivante et féconde de cette identité, à ces parties de notre identité, de notre mémoire et de nos valeurs qui nous donneraient l’espoir et la force, qui nous vaccineraient contre l’affaiblissement de la solidarité, de l’amour du pays, qui donneraient un sens quelconque à notre lutte usante et désespérante pour la survie. L’essentiel dont usent les dirigeants d’Israël de ce qui leur reste de pouvoir, ce sont les angoisses et les peurs, la fascination pour la force, les combines et le galvaudage de tout ce qui nous est cher. En ce sens, ce ne sont pas de véritables dirigeants, et sûrement pas les dirigeants d’un pays qui se trouve dans une situation si difficile et qui cherche si désespérément sa voie. Parfois, il semble que la chambre d’écho de leur pensée, de leur mémoire de l’Histoire, de leur vision, de ce qui les concerne vraiment, ne se trouve que dans l’espace minuscule qui sépare deux titres de journaux ou deux enquêtes commanditées par le procureur de l’Etat. Contemplez ceux qui nous dirigent. Pas tous, bien sûr, mais ceux, trop nombreux, qui parmi eux agissent dans l’affolement, le soupçon et la crainte. Voyez leurs manières d’agir, procédurières et perfides. Combien il est ridicule d’attendre d’eux une sagesse, une vision ou ne serait-ce qu’une idée originale, vraiment créatrice ou audacieuse ! Quand, pour la dernière fois, un Premier ministre a-t-il imaginé ou fait un geste qui aurait pu ouvrir aux Israéliens un horizon nouveau, un avenir meilleur ? Quand, pour la dernière fois, a-t-il pris une initiative sociale, culturelle, ou qui ait trait aux valeurs, et quand n’a-t-il pas seulement réagi avec précipitation à des initiatives prises par d’autres ? Monsieur le Premier ministre, je ne dis pas cela par colère ou par esprit de vengeance. J’ai assez attendu pour ne pas réagir sous l’impulsion de l’instant. Vous ne pourrez pas faire fi de mes paroles sous prétexte qu’un homme n’est pas responsable quand il est sous l’emprise du chagrin. Bien sûr, j’ai du chagrin, mais par-dessus tout, ce n’est pas tant la colère qui m’anime que la douleur : j’ai mal à ce pays, et à ce que vous et vos collègues lui faites subir. Croyez-moi, il m’importe que vous réussissiez, car notre avenir à tous dépend de notre capacité à nous lever et à agir. Itzhak Rabin a pris le chemin de la paix avec les Palestiniens, non par amour pour eux ou pour leur dirigeant. En ce temps-là aussi, souvenons-nous en, l’opinion générale était que nous n’avions pas de partenaire et que nous ne pouvions discuter de rien avec eux. Rabin a décidé d’agir, car il avait compris, avec une grande intelligence et bien avant beaucoup d’autres, que la société israélienne ne pourrait continuer à subsister sur le long terme dans une situation de conflit insoluble. Il avait compris que vivre dans un climat de violence, d’occupation, de terreur, d’angoisse et de manque d’espoir exige davantage que ce qu’Israël était capable de supporter. Ceci est aussi valable aujourd’hui, avec encore plus d’acuité. Je vais parler du partenaire que nous avons ou que nous n’avons pas, mais d’abord, regardons en nous-mêmes. “Nous sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle” Depuis plus de 100 ans, nous vivons dans ce conflit. Nous, les citoyens de ce conflit, sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle. En un certain sens, on pourrait dire que nous avons été programmés pour elle. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous pensons parfois que cette folie que nous vivons est la seule chose de réelle, la seule vie possible, et que nous n’avons pas le choix, ni même le droit, d’aspirer à une vie meilleure. Par le glaive nous vivrons, par le glaive nous périrons, et le glaive nous dévorera pour toujours. Peut-être cela explique-t-il l’indifférence avec laquelle nous acceptons l’échec total du processus de paix, échec qui dure depuis des années et fait de plus en plus de victimes. Cela explique peut-être aussi le manque de réaction de la plupart d’entre nous au coup porté à la démocratie causé par la nomination d’Avigdor Lieberman à un poste de ministre important, avec le soutien du Parti travailliste : un pyromane compulsif nommé chef des pompiers de la nation. Et tout cela est en partie la cause de cette dérive rapide d’Israël en direction d’un traitement brutal des pauvres et de ceux qui souffrent. Cette indifférence au sort de ceux qui ont faim, des personnes âgées, des malades et des handicapés, des faibles, cette équanimité de l’Etat d’Israël face au trafic d’êtres humains, ou aux conditions de travail insupportables de ses travailleurs étrangers, qui frisent l’esclavage, au racisme enraciné, institutionnalisé, à l’égard de la minorité arabe. Quand cela se passe chez nous de manière si naturelle, sans provoquer ni choc ni protestation, comme si tout cela était évident, lorsqu’on a le sentiment de ne plus pouvoir inverser le cours des événements, quand tout cela se passe, je commence à craindre que même si la paix advenait demain, et même si nous arrivions jamais à revenir à une sorte de normalité, nous ayions perdu toute chance de guérir complètement. "Toute personne sensée en Israël et en Palestine connaît exactement les contours d’une solution possible’ La calamité qui a frappé ma famille et moi-même avec la mort de notre fils Uri ne me donne aucun droit particulier à tenir un discours public, mais je crois que l’expérience de la mort et de la perte apporte avec elle la lucidité, et au moins la faculté de distinguer l’important de ce qui ne l’est pas, ce qui peut être atteint de ce qui ne le peut pas. Toute personne sensée en Israël, et je dirais aussi en Palestine, connaît exactement les contours d’une solution possible au conflit entre nos deux peuples. Toute personne sensée, là-bas comme ici, connaît intimement la différence entre les rêves, les désirs de son coeur, et ce à quoi il est possible de parvenir par la négociation. Quiconque ne le sait pas, refuse de l’admettre, n’est déjà plus un partenaire, qu’il soit juif ou arabe. Il est pris au piège dans un fanatisme hermétique : il n’est donc plus un partenaire. Jetons un coup d’oeil un instant à ceux qui sont destinés à être nos partenaires. Les Palestiniens ont élu le Hamas pour les diriger. Le Hamas qui refuse de négocier avec nous, qui refuse même de nous reconnaître. Que peut-on faire dans une telle situation ? Continuer à les étrangler encore et encore, continuer à tuer des centaines de Palestiniens à Gaza, la plupart civils innocents comme nous ? Les tuer et se faire tuer pour l’éternité ? “Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens par dessus la tête du Hamas” Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens, par dessus la tête du Hamas, à leurs modérés qui, comme vous et moi, s’opposent au Hamas et à ses actes. Adressez-vous au peuple palestinien, parlez de leurs chagrins et de leurs blessures, reconnaissez les souffrances qu’ils endurent. Ni votre position, ni celle d’Israël, n’y perdraient dans de futures négociations. Nos coeurs s’ouvriraient un peu les uns aux autres, et cela, c’est une force considérable. La force de la simple compassion humaine, en particulier dans la situation de terreur et d’impasse où nous nous trouvons. Juste une fois, regardez-les, non pas à travers le viseur d’un fusil, ni de derrière un check point. Vous verrez un peuple pas moins torturé que nous. Un peuple opprimé, occupé, dénué d’espoir. Bien sûr, les Palestiniens sont également responsables de cette impasse. Bien sûr, ils ont eu leur rôle dans l’échec du processus de paix. Mais regardez-les d’un autre angle, pas seulement les extrémistes en leur sein, qui partagent les mêmes intérêts que nos extrémistes à nous. Regardez l’immense majorité de ce peuple malheureux, dont le sort est lié au nôtre, que nous le voulions ou pas. Monsieur Olmert, ne cherchez pas constamment des raisons pour ne pas leur parler. Vous avez retiré votre plan de retrait unilatéral de “convergence”, et c’est une bonne chose, mais ne laissez pas un vide, car il sera immédiatement rempli par la violence et la destruction. Parlez-leur, faites-leur une offre que leurs modérés puissent accepter. Ils discutent entre eux bien plus que ce que nous en montrent les médias. Faites-leur une offre pour les forcer à choisir entre l’accepter et demeurer otages de l’islamisme fanatique. Approchez-les avec le plan le plus courageux et le plus sérieux qu’Israël puisse offrir. Avec une offre dont tout Palestinien raisonnable et tout Israélien raisonnable sait qu’il constitue la limite entre leur refus et nos concessions. Le temps presse. Si vous tardez, nous nous souviendrons avec nostalgie de l’amateurisme du terrorisme palestinien. Nous nous frapperons la tête contre le mur et hurlerons à la pensée que nous n’avons pas fait preuve de toute la souplesse possible, de toute la sincérité possible, pour faire sortir nos ennemis du piège dans qu’ils se sont tendu eux-mêmes. Ni eux ni nous n’avons le choix. Et il faut aborder une paix obligée avec la même détermination et la même créativité que celles avec lesquelles on aborde une guerre imposée. Et ceux qui pensent que nous avons le choix, ou que le temps joue pour nous, ne mesurent pas les dangers profonds des processus déjà en marche. “Monsieur le Premier ministre, si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, il faut lui répondre” Peut-être, Monsieur le Premier Ministre, faut-il vous rappeler que si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, aussi léger et hésitant soit-il, il faut lui répondre, il faut immédiatement éprouver sa sincérité et son sérieux. Vous n’avez aucun droit moral de ne pas réagir. Vous le devez à ceux dont demanderiez de risquer leur vie si une autre guerre éclatait. Donc, si le Président Assad déclare qu la Syrie veut la paix, même si vous ne le croyez pas, même si nous sommes tous méfiants à son égard, vous devez lui proposer une rencontre, et le jour même. N’attendez pas, même un seul jour. Quand vous avez lancé la dernière guerre, vous n’avez pas même attendu une heure. Vous avez chargé avec toutes vos forces, votre arsenal complet, toute votre puissance de destruction. Alors, quand une lueur de paix apparaît, pourquoi devez-vous la rejeter immédiatement ? Qu’avez-vous à perdre ? Vous vous méfiez de lui ? Offrez-lui des conditions qui révéleraient sa fourberie. Offrez-lui un processus de paix qui s’étalerait sur plusieurs années, et où seulement lors de sa conclusion, à condition qu’il respecte conditions et restrictions, il récupérerait le plateau du Golan. Engagez-le dans un long processus, agissez de telle sorte que son peuple sache aussi que cette possibilité existe. Aidez les modérés qui, là-bas aussi, doivent exister. Essayez de changer le réel au lieu d’en être le serviteur. C’est ce pour quoi vous avez été élu. Bien sûr, tout ne dépend pas de vos actes. De grandes puissances sont actrices dans notre région et dans le monde. Certaines, comme l’Iran et l’islam radical, souhaitent notre destruction. Et pourtant, tant de choses dépendent de ce que nous faisons, de ce que nous devenons. Aujourd’hui, les désaccords entre droite et gauche ne sont pas si importants. La grande majorité des Israéliens le comprend déjà, et sait à quoi ressemblera la solution du conflit. Ainsi, la plupart d’entre nous comprennent que la terre doit être partagée et qu’un Etat palestinien doit être créé. Alors, pourquoi nous épuiser dans des querelles internes qui durent depuis 40 ans ? Pourquoi notre direction politique ne reflète-t-elle pas la position de la majorité des citoyens, mais celle des extrémistes ? Il vaut mieux parvenir à un consensus national avant que les circonstances ou, Dieu nous en préserve, une nouvelle guerre, ne nous forcent à y parvenir. Nous nous épargnerions ainsi des années de déclin et d’errements, années où nous pleurerons encore et encore : “Regarde la terre, car nous l’avons gâchée.” De là où je me trouve en cet instant, je lance un appel. J’appelle tous ceux qui m’écoutent, les jeunes qui sont revenus de la guerre et qui savent que ce seront eux qui seront appelés pour la prochaine guerre, les citoyens, juifs et arabes, de droite et de gauche, religieux et laïques : arrêtez-vous un moment et jetez un coup d’oeil à l’abîme. Pensez à combien nous sommes proches de perdre tout ce que nous avons créé ici. Demandez-vous s’il n’est pas temps de prendre les choses en main, de sortir de cette paralysie, et de réclamer, enfin, la vie qui nous est dûe."
[1] Avant d’être baptisée (malheureusement) place Rabin, cette place où parle Grossman s’appelait “place des Rois d’Israël”.
Par David GROSSMAN, écrivain. Novembre 2006.

Un article qui mérite d'être lu...

Analyse
L'énergie pour relancer l' Europe, par Jean-Paul Fitoussi
 
LE MONDE • Mis à jour le 06.11.06 | 14h06
 
Dans la précampagne présidentielle qui constitue aujourd'hui notre quotidien, la conversation est avant tout nationale. Mais si l'on y prête une oreille attentive, on parvient à discerner, en fond sonore, un discours sur l'Europe, assez éloigné, il faut le dire, de celui qui dominait lors de la campagne sur le référendum constitutionnel. De nombreux candidats appellent ainsi désormais de leurs voeux la création d'un gouvernement économique de la zone euro. Or ce gouvernement existe déjà : la Banque centrale européenne ne gouverne-t-elle pas la monnaie unique ? Cette apparente contradiction est aisément résolue si l'on désigne par gouvernement économique le gouvernement politique des affaires économiques. Sa constitution établirait en effet une plus grande responsabilité du politique quant aux objectifs premiers que devrait poursuivre l'Europe - le plein emploi et la croissance - et, partant, comblerait au moins en partie le "déficit démocratique" dans lequel nous nous trouvons. Mais le projet européen appelle simultanément une nouvelle ambition, un nouveau souffle. La refondation de l'Europe exige une aventure à la fois novatrice et originelle, un projet à la hauteur des défis d'aujourd'hui mais plongeant ses racines dans les ambitions d'hier. Construire une union politique entre des Etats souverains est une tâche difficile entre toutes. Mais il est des moments de l'histoire qui lui sont propices, où l'union s'impose en raison des effets néfastes de la désunion. Le projet qui ouvre le chemin de l'union doit alors être substantiellement politique, même si son prétexte est technique. Les pères fondateurs de l'Europe avaient bien compris cette nécessité lorsqu'ils eurent l'idée de la Communauté économique du charbon et de l'acier (CECA) : que d'anciens ennemis mettent en commun certains des moyens les plus puissants de la guerre tout en prétextant d'un souci économique est un stratagème d'une intelligence rare ! Nous vivons aujourd'hui un moment semblable où il nous faut relever un défi capital que notre taille (celle de l'Europe) nous permet aisément de relever : celui des nouvelles technologies de l'environnement et de l'énergie. Il s'agit là aussi d'un projet apparemment technique mais substantiellement politique, puisqu'il concerne tout à la fois la question de l'influence géopolitique de l'Europe, celle de son indépendance énergétique et les légitimes inquiétudes écologiques des populations. La question de l'indépendance énergétique est une bonne illustration du chemin que nous avons à parcourir. Elément essentiel de la souveraineté des nations, rien à l'échelle de l'Europe ne permet aujourd'hui de l'assurer et il est de la responsabilité de chaque pays membre de l'Union de veiller à la sécurité de son approvisionnement. C'est sur ce point que la contradiction européenne de la souveraineté est la plus flagrante, que la méthode européenne de progression par l'économique rencontre ses limites les plus évidentes. La Commission s'épuise à vouloir construire un marché unique de l'énergie en exigeant des Etats qu'ils démantèlent leurs opérateurs historiques - une condition essentielle de la concurrence, aurait dit La Palice, étant la fin des monopoles ! Or il se trouve qu'en ce domaine, et notamment pour l'électricité, la concurrence est un moyen périlleux, comme l'ont montré les nombreux black-out qu'elle a provoqués aux Etats-Unis et celui qui a failli frapper l'Europe ce week-end. Les Etats s'y résignent en apparence, tout en opposant la plus ferme des résistances à la prise de contrôle de leurs entreprises énergétiques par d'autres entreprises européennes. Ils ne peuvent en effet se soustraire à leur responsabilité. Seule la plus grande des naïvetés "technocratiques" pourrait nous faire accroire que les questions de puissance et d'indépendance sont susceptibles d'être résolues par le marché. De surcroît, la quête des pays européens auprès des pays producteurs de gaz ou de pétrole ne fait que souligner leurs divergences, affaiblir leur pouvoir de négociation en même temps que le poids géopolitique de l'Europe dans les affaires du monde. Heureusement, il n'est nul besoin de s'y résigner. Le problème comporte une solution évidente, celle qu'avaient mise en oeuvre les pères fondateurs.
LES MOTEURS DE CROISSANCE
Il suffirait de créer, à l'image de la CECA, une communauté européenne de l'environnement, de l'énergie et de la recherche (CEEER ou C3ER), comme je l'avais proposé lors de la Journée franco-italienne de l'énergie en septembre. Seul, en effet, un effort de recherche redoublé permettra à la fois de rendre moins vorace en consommation d'énergie notre vie quotidienne, et d'imaginer les énergies du futur, celles qui seront les plus favorables à l'environnement. Les désastres écologiques que l'activité économique a déjà produits et la potentialité catastrophique de ceux à venir ont fini par nous faire comprendre qu'énergie et environnement constituaient un couple indissociable. Nous pourrions alors voir naître, mais cette fois-ci en Europe, les nouvelles technologies de l'énergie et de l'environnement dont la production et la diffusion seront très certainement les moteurs de croissance les plus puissants de l'avenir. Au fur et à mesure que nos sociétés s'enrichissent, la demande d'environnement ne peut qu'aller croissante, comme est allée croissante dans le passé la demande de biens et services "de luxe" (c'est-à-dire celle qui concerne les biens autres que de première nécessité). L'erreur commune est de penser que la préoccupation écologique implique la décroissance, alors qu'elle est un moteur de la croissance. La C3ER ne serait au demeurant qu'une application, effective, du programme de Lisbonne. Elle poursuivrait deux objectifs étroitement liés entre eux : l'indépendance énergétique de l'Europe, qui serait doublement servie par les nouvelles technologies de l'énergie et de l'environnement et par l'accroissement du pouvoir de négociation de l'Europe sur les marchés mondiaux ; la préservation et l'amélioration de notre écosystème. Le traité de la CECA, signé pour cinquante ans, a expiré en juillet 2002 sans être renouvelé. Les actifs financiers de la CECA ont été transférés à l'Union européenne. Le revenu annuel net de ce fonds sert aujourd'hui à financer la recherche dans le secteur du charbon et de l'acier. Pourquoi ne pas mettre en oeuvre une plus vaste ambition ? La CECA avait pour ambition de mettre en commun les matières premières de la guerre pour la rendre matériellement impossible. La Communauté européenne de l'environnement, de l'énergie et de la recherche viserait à mettre en commun les ressources du développement économique pour empêcher son épuisement.
Jean-Paul Fitoussi pour "Le Monde"
Article paru dans l'édition du 07.11.06.

La Guerre

...et la Paix.

Il paraît que la Guerre diminue sa présence sur notre planète...moins de morts, moins de tueries, moins de sang...

Certains sont très optimistes... Ils parlent de la capacité internationale à éviter les conflits, à maintenir la Paix...

Mais voilà, le Monde est remplit d'Homme qui veulent leur part du butin. Et personne ne veut leur laisser un millième de la leur...

La pression sur le pétrole est déjà à la limite du supportable pour nos économies, celle sur le gaz n'est pas en reste, et les matières premières n'en parlons pas!!!!

1 milliards de Chinois et autant d'Indiens, 250 millions d'Indonésiens,...veulent vivre comme nous.

La pression sur les ressources est désormais comme prédit il y a déjà longtemps...la limite n'est pas franchi, mais combien de temps nous reste-t-il?

Les grandes puissances nucléaires ont, dans leur dispositif de dissuasion, tous la même approche: Tout pays qui attaquent les intérêts vitaux de cette puissance verra celle-ci répondre par le feu nucléaire...

Que feront alors les Etats-Unis, lorsque viré de l'Irak à coup de pied, viré de l'Arabie Saoudite à coup de bombes, ne s'approchant plus de l'Iran de peur de leur bombe atomique,...paralisé économiquement par la Chine qui achète de plus en plus de matières premières...ils verront leurs intérêts vitaux (économiques et stratégiques) attaqués, et leur puissance s'affaiblir inexorablement.

La Guerre...

...avec ce qu'ils ont de meilleur, ce qui restera leur seule arme de puissance face aux autres Pays (celle qui déjà paralyse les relations avec la Russie moribonde)...l'arme atomique. La seule arme de puissance s'il en est, la seule où ils seront durablement les meilleurs, la seule qu'ils domineront encore longtemps, bien après leur chute économique et militaire classique...

La Guerre Atomique...

...contre le pays aggresseur: La Chine ? glouton économique colossal...mais aussi puissance nucléaire...

...Et la Paix dans tout ça?

Certains pensent que la communauté internationale pourra comme toujours éviter les grands conflits...et maintenir la Paix.

Si Vis Pacem Para Bellum...