mardi, 07 février 2012
Ces articles qui disent tout, mais que l'on ne veut pas voir...
La machine à concentrer la richesse
LE MONDE ECONOMIE | 06.02.12 | 15h56 • Mis à jour le 06.02.12 | 15h56
Dans une allocution prononcée le 12 janvier, Alan B. Krueger, à la tête du Conseil des conseillers économiques du président Obama, a examiné "la montée et les conséquences de l'inégalité aux Etats-Unis" (www.americanprogress.org/events/2012/01/pdf/krueger.pdf).
Alors que, de 1947 à 1979, les revenus de l'ensemble de la population américaine croissent annuellement d'un peu plus de 2 % toutes catégories confondues, sur la période qui s'étend ensuite de 1979 à 2010, les 20 % les plus riches voient leurs revenus bruts augmenter de 1,2 % par an alors que, parallèlement, ceux des 20 % les plus pauvres baissent eux de 0,4 %.
CADEAUX FISCAUX
Les cadeaux fiscaux consentis par les deux administrations Bush aux ménages les plus fortunés viennent encore renforcer la tendance : si, dans l'ensemble, les 20 % les moins riches voient leurs revenus après impôts augmenter de 18 % sur la période 1979-2007, ceux du 1 % le plus fortuné grimpent pendant ce temps-là de 278 %.
A quoi attribuer ce creusement des écarts ? Premièrement, à la part toujours croissante de la richesse ponctionnée par le secteur financier. Krueger cite les chiffres suivants : la part du secteur financier et de l'immobilier dans les revenus du 1 % le plus riche double entre 1979 et 2005. En fin de période, ces deux secteurs constituent désormais un quart des revenus du 0,1 % le plus fortuné.
Deuxièmement, les gains de productivité dus à l'informatisation et à l'automatisation, au cours des trente dernières années, sont essentiellement ponctionnés par les classes les plus aisées.
Krueger ne s'attarde pas sur le mécanisme de ce transfert, se contentant de citer les résultats d'un sondage de 1997 auprès de ses collègues économistes, selon lesquels le facteur technologique rend compte à 45 % des disparités de revenus, mais les raisons en sont bien connues : sur cette période, les salaires en dollars constants stagnent tandis que s'envolent les gains du capital et la rémunération des dirigeants des grosses entreprises.
AU PROFIT DES ACTIONNAIRES ET DES PATRONS
Dans la pratique, le travailleur remplacé par un robot ou un ordinateur est remercié, et son espoir de retrouver un jour un emploi va diminuant à mesure que la technologie progresse ; une fois en place, la machine travaille uniquement au profit des actionnaires et des patrons de l'entreprise.
Cet effet pervers, Sismondi (1773-1842) l'avait déjà dénoncé dans les années 1820, proposant que tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d'une rente indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci. Une proposition ancienne qu'il faudra, un jour ou l'autre, réexaminer...
Les disparités dans la répartition des revenus et du patrimoine ne doivent pas être considérées comme de simples curiosités : la concentration excessive de la richesse grippe la machine économique jusqu'à provoquer son arrêt par deux effets combinés.
D'une part, la baisse du pouvoir d'achat pour la grande masse de la population force à un développement du crédit qui fragilise à terme le secteur financier en raison du risque croissant de défaut de l'emprunteur.
D'autre part, les capitaux disponibles au sommet de la pyramide sociale iront, faute de débouchés suffisants dans la production, se placer dans des activités spéculatives, déréglant entièrement le mécanisme de la formation des prix.
Tant que la concentration de la richesse n'aura pas été inversée, la machine économique ne pourra pas véritablement repartir. De ce point de vue, l'austérité, qui accroît encore la disparité des revenus, est bien entendu la pire des politiques.
Paul Jorion, économiste et anthropologue
01:53 Publié dans Energie, Eau et matières premières, Essai de Définition..., Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 06 janvier 2012
Magyarország
Je me pose quelques questions...
A partir de quelle limite l'Europe se donne le droit de réagir, et même au-delà de l'Europe, à partir de quand le Monde se permet de taper du poing?
L'Histoire n'a-t-elle pas force d'apprentissage?
Les Accords de Munich, et la honte du Monde d'avoir laissé Hitler développer son régime, au moment même où il était encore temps de le stopper, ne doivent-ils pas servir de leçon?
L'utilisation du Nazisme et de la Shoah comme symbole absolu de l'horreur voile-t-il le regard à porter sur tout régime qui sans en avoir l'ampleur finale, en a l'approche?
1933 - Passage dans les faits de la République de Weimar au Troisième Reich.
2012 - Le mot République disparait de la constitution Hongroise pour laisser place au mot "Hongrie" seul. (Mais le mot "Hongrie" utilisé en français n'est pas correct: les Hongrois disent "Magyarország" qui veut dire en réalité "Pays des Hongrois". C'est une nuance extrèmement importante, car il se réfère au Peuple et non aux frontières d'un Etat! Peuple qui lui même est redéfini par le gouvernement en place, nous y reviendrons)
1. Disparition du mot et donc de l'existence même de la République. (Comme dit George Orwell dans 1984, ce qui n'a pas de mot n'existe pas.) La Hongrie n'étant pas une monarchie, ni une république, qu'est-elle?
Quel nom donne ton à un système politique qui a une apparence de république démocratique, mais où règne un seul parti politique qui domine toutes les strates du pouvoir, les nominations et contrôle les médias? N'est-ce pas Totalitarisme?
2. Après 18 mois de pouvoir, déjà 240 lois à valeur constitutionnelle sont votées et renforcent le pouvoir en place. Ayant valeur constitutionnelle, elles sont très difficile à changer car il faut 66% du parlement pour toute modification, autant dire un seuil presqu'infranchissable sauf pour le parti actuellement en place.Alors qu'un homme proclamait "l'utopie" d'un Reich pour 1000 ans... d'autres semblent savoir traduire cela plus concrètement dans les faits.
3. Augmentation de la durée des mandats et nomination à tous les postes clés (économie, police, justice et armée) de personnes proches du premier ministre, Viktor Orban. N'est-ce pas une Oligarchie?
4. Contrôle des médias, qui va jusqu'à supprimer la fréquence d'une radio d'opposition. Et la propagande coula des jours heureux...et pire que tout: l'auto-censure par peur de sanction! Faut-il s'appeler "Joseph Goebbels" pour que l'on fasse le lien avec le totalitarisme?
"L'autorité nationale des médias et communications (NMHH) établie en vertu de cette nouvelle loi sera habilitée à sanctionner les journalistes sur la base de concepts vagues tels que l'« intérêt public », la « moralité commune », l'« ordre national » et la « violation de l'obligation de relayer des informations de manière impartiale ». La question de l'indépendance politique de la NMHH, dont le président est nommé par le Premier ministre pour neuf ans, inspire en outre quelques inquiétudes. Par ailleurs, la procédure de désignation des autres membres de la NMHH ne garantit pas la pluralité." (http://www.amnesty.org/fr/news-and-updates/protests-over-...)
1933 - Début de la politique raciale Nazi.
2011 - Des groupes "d'auto-défense" harcèlent les populations Roms, et des lois concernants les populations déshéritées de Hongrie, sont en réalité clairement orientées contre les Roms qui représentent une part très importante de la population visée. Le travail obligatoire des populations aidées prend alors une tournure bien différente... Certains parlent de "camps de travail", doit-on dans tous les cas attendre que cela en arrive là pour réagir?
1938 - Annexion des Sudètes et de l'Autriche par le Troisième Reich.
2012 - La Constitution promet de sauvegarder "l'unité spirituelle et intellectuelle" de la nation hongroise et rend possible l'élargissement du droit de vote vers les Hongrois de souche des pays voisins, ce qui risque de créer des conflits avec les pays limitrophes à forte minorité hongroise comme la Slovaquie ou la Roumanie. (http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20110418.OBS1496/la-...)
La République de Hongrie devenue "pays des Hongrois" se trouve avoir des frontières devenues moins claires... L'Etat, qui a toujours des frontières, perd son statut de référence pour le terme de Peuple, à la géographie plus flou, et l'on connait les problèmes de répartition de population en Europe centrale depuis la chute des Empires européens. (l'annexion des Sudètes et l'annexion de l'Autriche par le troisième Reich... ont pour origine ce même passage de la notion d'Etat, à celle de Peuple!).
Ainsi, nous laissons se mettre en place en Hongrie, au coeur même de l'Union Européenne, un régime qui verrouille sa position dominante dans tous les contre-pouvoirs de l'Etat, assure sa réélection en modifiant le système électoral, et se donne la possibilité constitutionnelle de dissoudre le futur parlement s'il devait ne pas lui plaire....
"- Elle accorde au Conseil monétaire de la banque centrale, qui sera composé de membres proches de Viktor Orban, dont le chef de l'Etat, Pal Schmitt, le droit de dissoudre le Parlement si le budget n'est pas adopté conformément aux normes du nouveau texte constitutionnel. Ainsi, même s'il se trouve dans l'opposition après les élections législatives de 2014, Viktor Orban pourra, via le Conseil monétaire, dissoudre le Parlement. Une disposition qualifiée de "putsch" constitutionnel par l'opposition." (http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/04/18/hongrie-l...)
... régime qui ne respecte plus la séparation des pouvoirs, et contrôle les médias.
... régime qui remet en cause la notion internationale de Citoyenneté et de Frontière en privilégiant la notion de Nation et de Peuple sur celle d'Etat. Nous laissons ainsi ce régime voguer vers des dérives nationalistes, au sein même d'une Europe qui se veut "communauté de destin". Devons nous attendre que Viktor Orban réclame l'annexion de "ses Sudètes" slovaques et roumaines? La Balkanisation de l'Europe centrale n'est pas à souhaiter me semble-t-il!
Si Hitler avait été "calmé" dès les premières années de son régime, on dirait de lui actuellement qu'il est celui "qui a tenté de mettre en place un régime totalitaire et raciste". Et personne n'imaginerait alors aujourd'hui l'ériger en symbole absolu de l'horreur fasciste qu'il n'aurait pu mettre en place.
Il n'est donc pas question ici de parler de chose qui ne sont pas, et de comparer les conséquences historiques d'un état de fait que l'on a laissé dégénérer dans le passé avec des conséquences hypothétiques d'une situation actuelle. Mais il semble cependant utile de simplement faire un lien entre des dérives, et observer ce qu'elles ont donné dans le passé, pour voir ce qu'on ne veut plus supporter dans le présent.
Il est temps d'agir, non?
L'Union Européenne en a le pouvoir...
03:10 Publié dans Europe, Guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hongrie, viktor orban, europe, nationalisme, xenophobie, totalitarisme, oligarchie
samedi, 10 septembre 2011
10 ans après... un point de vue extérieur sur notre monde.
Ben Laden, secret de famille de l'Amérique
Après les inadmissibles attentats-suicides qui ont frappé le Pentagone et le World Trade Center, un présentateur du journal télévisé déclarait le 17 septembre sur la chaîne américaine Fox : " Il est rare que le bien et le mal se manifestent aussi clairement qu'ils l'ont fait mardi dernier. Des gens que nous ne connaissons pas ont massacré des gens que nous connaissons - et ils ont commis leurs actes avec une jubilation pleine de mépris. " Puis il a craqué et fondu en larmes.
Voilà le hic : l'Amérique est en guerre contre des gens qu'elle ne connaît pas (parce qu'ils ne passent pas souvent à la télévision). Le gouvernement n'avait pas encore réussi à identifier précisément son ennemi, ni même commencé à cerner sa nature, que déjà, à grand renfort de publicité et de rhétorique douteuse, il se hâtait de concocter une "coalition mondiale antiterroriste" et mobilisait son armée, sa force aérienne, sa marine, ses médias pour les engager dans la bataille.
Le problème, c'est que l'Amérique, une fois partie en guerre, ne saurait décemment rapatrier ses troupes sans qu'il y ait eu, de fait, une guerre. Si elle ne trouve pas son ennemi, il lui faudra en fabriquer un, ne serait-ce que pour calmer la fureur de l'opinion publique. La guerre va acquérir une dynamique, une logique et une justification qui lui appartiendront en propre et feront perdre de vue ses mobiles initiaux.
Mû par la colère, le pays le plus puissant du monde renoue d'instinct avec un réflexe ancestral pour livrer un nouveau type de guerre. Mais en matière de défense nationale, ses navires aérodynamiques, ses missiles de croisière, ses avions de combat F-16 ont soudain l'air d'antiquailles encombrantes.
Son arsenal de bombes nucléaires, qui tenait lieu de force de persuasion, ne vaut plus son pesant de ferraille. Cutters, canifs et froide colère sont les armes de la guerre au XXIe siècle. Rien de plus facile à crocheter que la colère. Elle passe la douane sans attirer l'attention, elle échappe au contrôle des bagages.
Contre qui l'Amérique se bat-elle ? Le 20 septembre, le FBI faisait part de ses doutes quant à l'identité de certains pirates de l'air. Le même jour, George W. Bush déclarait savoir exactement qui étaient les terroristes et quels gouvernements les soutenaient. On aurait dit qu'il avait des informations dont ne disposaient ni le FBI ni la population américaine.
Pour des raisons stratégiques, militaires et économiques, George W. Bush doit à tout prix persuader l'opinion publique que ce sont les valeurs nationales de la liberté et de la démocratie qui sont visées, ainsi que le mode de vie américain. Message facile à colporter dans l'atmosphère de chagrin, d'indignation et de colère qui règne actuellement. Cependant, à supposer que le contenu en soit vrai, on peut légitimement se demander pourquoi ce sont les symboles de la suprématie économique et militaire américaine (le World Trade Center et le Pentagone) qui ont été pris pour cibles. Pourquoi pas la statue de la Liberté ? Ne peut-on alors émettre l'hypothèse que la sombre colère à l'origine des attentats n'a pas pour source la liberté et la démocratie américaines, mais le soutien et l'engagement exceptionnel des Américains pour des causes radicalement opposées : pour le terrorisme militaire et économique, l'insurrection, la dictature armée, le fanatisme religieux, le génocide impensable (hors des frontières du pays) ?
Touchée par des pertes récentes, la majorité de la population doit avoir du mal à regarder le monde en face, les yeux embués de larmes, et n'y rencontrer que ce qu'elle peut interpréter comme de l'indifférence. Mais ce n'est pas de l'indifférence. C'est juste une intuition. Une absence de surprise. La conscience lasse que tout finit par se payer. Les Américains doivent savoir qu'ils ne sont pas en cause, mais que c'est la politique de leur gouvernement qui attise la haine. Ils ne peuvent pas un instant douter qu'ils sont partout bien reçus, eux et leurs musiciens extraordinaires, leurs écrivains, leurs acteurs, leurs athlètes impressionnants, leur cinéma. Immense a été la peine de l'Amérique face aux événements ; immense aussi, la dimension publique de cette peine. Mais de là à penser qu'elle pourrait modérer ou nuancer l'angoisse, ce serait grotesque.
Toutefois, il serait également regrettable que le pays, au lieu d'en profiter pour tenter d'expliquer les événements, saisisse l'occasion pour usurper la souffrance du monde entier, pour pleurer et venger la souffrance qui le concerne seul. Car dans ce cas c'est à nous autres qu'il reviendrait de poser les vraies questions et de prononcer les mots cruels. Pour nos douleurs, pour notre retard, nous serions haïs, ignorés, peut-être même enfin réduits au silence.
Le monde ne saura sans doute jamais pourquoi les pirates de l'air ont dirigé les avions vers les immeubles qu'ils ont percutés. Ils n'avaient que faire de la gloire. Tout ce que nous savons, c'est que la croyance en ce qu'ils faisaient surpassait de loin l'instinct naturel de survie, le désir humain de laisser un souvenir de soi. Presque comme si leurs actes marquaient la limite inférieure en deçà de laquelle ils ne pouvaient exprimer leur immense fureur. Des actes qui ont fait voler en éclats le monde tel que nous le connaissions. Qui, en l'absence d'informations, vont être lus par les hommes politiques, les commentateurs et les écrivains (dont je suis) à la lumière de leurs propres opinions et de leurs propres interprétations. Cette réflexion, cette analyse du climat politique où ont eu lieu les attentats ne peuvent être que bonnes à prendre.
Il n'est pas superflu de procéder à quelques éclaircissements. Et de se demander par exemple : à qui va bénéficier cette "justice sans limites", cette "liberté immuable" ? L'Amérique déclare-t-elle la guerre au terrorisme en Amérique ou au terrorisme en général ? Que s'agit-il de venger au juste ? La mort tragique de près de 6 000 personnes, la disparition de 1,4 million de mètres carrés de bureaux à Manhattan, la destruction d'une partie du Pentagone, la perte de plusieurs centaines de milliers d'emplois, la faillite potentielle de quelques compagnies aériennes ? Ou bien les enjeux sont-ils plus vastes ?
En 1996, interrogée par Leslie Stahl sur sa réaction devant la mort de 500 000 enfants irakiens après les sanctions économiques américaines, Madeleine Albright, alors ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, répondait sur CBS que c'était "un choix très difficile" mais que, tout compte fait, "nous pensons que le prix en vaut la peine". A-t-elle été renvoyée de son poste pour avoir tenu pareils propos ? Pas du tout. Elle a continué à parcourir le monde, à représenter les opinions et les aspirations du gouvernement américain. Plus grave encore, dans les circonstances actuelles : les sanctions contre l'Irak n'ont pas été levées. Des enfants continuent à mourir. Nous y voilà. Un distinguo peu subtil oppose la civilisation et la sauvagerie, le "massacre d'innocents" (ou, si l'on préfère, "le heurt des civilisations" ) et les "dommages de guerre". Pure sophistique, délicate algèbre de la "justice sans limites" ! Combien faudra-t-il de morts irakiens pour améliorer le monde ? Combien de morts afghans pour un seul mort américain ? Combien d'enfants morts pour un seul homme mort ? Combien de cadavres de moudjahidins pour le cadavre d'un seul banquier d'affaires ?
La coalition des superpuissances mondiales resserre son étau sur l'Afghanistan, l'un des pays les plus pauvres qui soient, l'un des plus sinistrés, des plus déchirés par la guerre. Les talibans au pouvoir y offrent un abri à Oussama Ben Laden, tenu pour responsable des attentats du 11 septembre. Faut-il décimer l'ensemble de la population en guise de réparation ? L'économie est chamboulée. Et le problème qui se pose à une armée d'envahisseurs, c'est en réalité que le pays ne possède aucun des signes ou des repères conventionnels à pointer sur la carte : ni bases militaires, ni complexes industriels, ni usines de traitement de l'eau. Les exploitations agricoles se sont transformées en charniers, la campagne est jonchée de mines antipersonnel - au nombre de 10 millions, selon les estimations les plus récentes. L'armée américaine devrait donc commencer par déminer le terrain et par construire des routes pour frayer une voie à ses soldats.
Contemplons-la, la "justice sans limites" au XXIe siècle : des civils mourant de faim en attendant d'être tués. Aux Etats-Unis, on a grossièrement parlé de "ramener l'Afghanistan à l'âge de pierre en le bombardant". Quelqu'un aurait-il l'amabilité d'annoncer qu'il n'est pas besoin de l'y ramener, qu'il y est déjà ? Peut-être que les Américains ne savent pas très bien où se trouve l'Afghanistan, mais cela n'empêche pas le gouvernement américain et l'Afghanistan d'être de vieux amis. En 1979, après l'invasion soviétique de l'Afghanistan, la CIA et l'ISI (InterServices Intelligence : les services de renseignement pakistanais) ont lancé la plus grande opération indirecte de la CIA depuis la guerre du Vietnam. Leur but ? Canaliser l'énergie de la résistance afghane et l'enrôler dans une guerre sainte, un djihad islamique qui dresserait contre le régime communiste les pays musulmans de l'Union soviétique et finirait par l'ébranler.
Au fil des ans, par l'intermédiaire de l'ISI, la CIA a financé et recruté, dans quarante pays musulmans, des dizaines de milliers de moudjahidins extrémistes qui ont servi de soldats dans cette guerre que livrait l'Amérique par pays interposés. La grande masse d'entre eux ne savaient pas qu'ils se battaient pour l'Oncle Sam. (Mais l'ironie veut que l'Amérique n'ait pas su non plus qu'elle finançait une future guerre contre elle-même.)
En 1989, saignés à blanc par dix années de conflit sans relâche, les Russes se sont retirés, laissant derrière eux une civilisation en ruine. La guerre civile s'est poursuivie de plus belle dans le pays. Le djihad s'est étendu à la Tchétchénie, au Kosovo, puis au Cachemire. La CIA a continué à envoyer des fonds et du matériel militaire, mais, vu l'ampleur des frais généraux, il a fallu trouver encore plus d'argent. C'est alors que les moudjahidins, prétextant un "impôt révolutionnaire", ont donné l'ordre aux paysans de planter de l'opium. Sous la protection de l'ISI, des centaines de laboratoires de traitement de l'héroïne se sont implantés à travers le pays. Deux ans après l'arrivée de la CIA, la frontière pakistano-afghane était devenue le plus grand producteur mondial d'héroïne, la principale source d'approvisionnement pour les villes américaines. Les bénéfices annuels, situés dans une fourchette entre 100 et 200 milliards de dollars, étaient reversés au profit de l'entraînement et de l'armement des militants.
En 1996, les talibans, qui ne formaient alors qu'une secte dangereuse de fondamentalistes intégristes, se sont battus pour s'emparer du pouvoir, avec le soutien financier de l'ISI, ce vieil acolyte de la CIA, et l'appui des partis politiques pakistanais. Ils ont instauré un régime de terreur et s'en sont d'abord pris à leurs concitoyens, en particulier aux femmes : fermeture des écoles de filles, licenciement des fonctionnaires de sexe féminin, application de la charia stipulant que les femmes jugées "immorales" devaient être lapidées et les veuves coupables d'adultère, enterrées vivantes. Devant ce terrible bilan qui bafoue les droits de l'homme, on a du mal à croire que la perspective d'une guerre, ou d'une menace pesant sur la vie des civils, suffise à intimider le gouvernement taliban ou à le détourner de ses buts.
Après tout ce qui s'est passé, peut-il y avoir plus grande ironie que de voir la Russie et l'Amérique se donner aujourd'hui la main pour re-détruire l'Afghanistan ? Reste à savoir si on peut détruire la destruction... De nouveaux bombardements en Afghanistan n'auront d'autre résultat que de déplacer les décombres, de semer le désordre parmi quelques vieilles tombes et de troubler les morts. Le paysage dévasté de l'Afghanistan formait le cimetière du communisme soviétique, le tremplin d'un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis. Il a accommodé le néocapitalisme et la mondialisation des grandes entreprises - là encore sous la coupe des Etats-Unis. Or voici que l'Afghanistan s'apprête à se transformer en cimetière pour les soldats sortis victorieux, contre toute attente, de cette guerre pour l'Amérique.
Et que dire de l'allié supposé des Etats-Unis ? Le Pakistan a lui aussi subi de graves pertes. Le gouvernement américain n'a pas hésité à soutenir les dictateurs militaires qui ont tout fait pour empêcher l'idéal démocratique de s'enraciner. Avant l'arrivée de la CIA, il existait un petit marché rural de l'opium. Entre 1979 et 1985, le nombre d'héroïnomanes, parti de presque rien, s'est considérablement accru. Même avant le 11 septembre, des millions d'Afghans vivaient dans des camps de réfugiés sommaires le long de la frontière.
L'économie pakistanaise s'effondre. La violence fanatique, les programmes mondialistes d'ajustement structurel et les seigneurs de la drogue mettent le pays en pièces. Destinés à combattre les Soviétiques, les centres d'entraînement terroristes et les madrasas, qui affleurent sur l'ensemble du territoire comme des dents de dragon, ont produit des fondamentalistes qui jouissent d'un immense succès populaire au Pakistan même. Les talibans, que le gouvernement pakistanais soutient, finance et protège depuis des années, ont noué des alliances matérielles et stratégiques avec les partis politiques pakistanais. Et c'est à ce pays que le gouvernement américain demande (oui, demande) d'étrangler le petit animal qu'il nourrit secrètement au biberon depuis tant d'années ? Après s'être solennellement engagé aux côtés des Etats-Unis, le président Moucharraf pourrait bien avoir à affronter une espèce de guerre civile plus tard.
Pour des raisons géographiques, mais aussi grâce à la vision de ses anciens dirigeants, l'Inde a jusqu'ici eu la chance d'être exclue de ce grand jeu. Si elle avait été attirée dans la partie, il y a fort à parier que notre démocratie, dans l'état où elle se trouve, n'aurait pas survécu. Alors que nous sommes un certain nombre à contempler la situation avec horreur, nos dirigeants se livrent à une danse du ventre effrénée en suppliant les Etats-Unis d'établir leurs bases militaires en Inde plutôt qu'au Pakistan. Nous étions pourtant aux premières loges pour assister au destin ignoble de nos voisins. La volonté du gouvernement n'est pas seulement étrange : elle est inconcevable. Comment un pays du tiers-monde, doté d'une économie fragile et de bases sociales complexes, peut-il encore ignorer qu'inviter sur son sol une superpuissance comme les Etats-Unis (à titre provisoire ou sur le long terme) revient à exposer son pare-brise à un jet de pierres ?
Dans le matraquage médiatique qui a suivi les événements du 11 septembre, les principales chaînes de télévision ont été fort discrètes sur l'implication américaine en Afghanistan. Pour ceux qui n'étaient pas au courant, les reportages pouvaient sembler émouvants ou troublants, voire larmoyants aux yeux des cyniques. Mais pour ceux d'entre nous qui connaissons l'histoire récente de l'Afghanistan la couverture des attentats et la rhétorique de la "coalition mondiale antiterroriste" ne constituent ni plus ni moins qu'un affront. La "liberté" de la presse américaine, comme la "liberté" de l'économie de marché, doit répondre de bien des errements.
De toute évidence, l'opération "Liberté immuable" vise à promouvoir le mode de vie à l'américaine. Mais elle finira sans doute par en saper complètement les fondations. Elle va décupler la colère et le terrorisme dans le monde entier. Pour le commun des mortels, aux Etats-Unis, elle ne signifie rien d'autre que vivre dans un climat révoltant d'incertitude : mes enfants seront-ils bien protégés à l'école ? Y aura-t-il des gaz neurotoxiques ? Une bombe dans la salle de cinéma ? La personne que j'aime rentrera-t-elle à la maison ce soir ? On agite le spectre d'une guerre biologique. Mais la mort au compte-gouttes risque d'être pire que l'anéantissement brutal de l'espèce par une explosion nucléaire.
Le gouvernement américain - suivi sans aucun doute par tous les gouvernements du monde - va profiter du climat de guerre pour brider les libertés civiques, restreindre la liberté d'expression, procéder à des licenciements massifs, harceler des minorités ethniques et religieuses, réduire les dépenses publiques et détourner d'énormes sommes d'argent vers l'industrie de l'armement. Dans quel but ? Le président Bush ne saurait "débarrasser le monde des agents du mal", pas plus qu'il ne saurait le peupler de saints. Il est absurde que le gouvernement américain caresse le projet d'éliminer le terrorisme par une escalade de violence et d'oppression. Le terrorisme est le symptôme, non la maladie. Il voyage sans passeport. Il est transnational, mondial, au même titre que des entreprises comme Coca-Cola, Pepsi ou Nike. Dès les premières difficultés, il peut lever le camp et déménager ses "usines" dans un pays qui lui offrira plus d'avantages. Exactement comme les multinationales.
En tant que phénomène, le terrorisme peut ne jamais disparaître. Mais pour le maîtriser il faut déjà que l'Amérique commence par reconnaître qu'elle partage la planète avec d'autres nations, d'autres êtres humains qui, même s'ils ne passent pas à la télévision, ont eux aussi leurs amours, leurs chagrins, leurs histoires, leurs chants, leurs douleurs - grands dieux ! -, leurs droits. Mais on en est loin.
Les attentats du 11 septembre portent la marque d'un monde complètement détraqué. Ben Laden en a peut-être rédigé le message (qui sait ?), ses coursiers l'ont peut-être livré, mais il aurait tout aussi bien pu être signé par les fantômes des victimes des anciennes guerres américaines. Par les millions de morts en Corée, au Vietnam et au Cambodge, les 17 500 morts lorsque Israël, en 1982, a envahi le Liban avec l'appui des Etats-Unis, les dizaines de milliers d'Irakiens morts pendant l'opération "Tempête du désert", les milliers de Palestiniens tués en luttant contre l'occupation de la Cisjordanie par Israël. Et par les millions de morts en Yougoslavie, en Somalie, en Haïti, au Chili, au Nicaragua, au Salvador, dans la République dominicaine, au Panama - autant de pays dirigés par des terroristes, des dictateurs, des auteurs de génocides que le gouvernement américain soutenait, formait, finançait et armait. La liste est loin d'être exhaustive.
Pour une nation si impliquée dans la guerre et le conflit, les Américains ont eu une chance extraordinaire. Les événements du 11 septembre ne constituent que la deuxième attaque sur leur sol en plus de cent ans. La première, c'était à Pearl Harbour. Les représailles qui se sont ensuivies ont emprunté maints détours, mais elles se sont terminées par Hiroshima et Nagasaki. Aujourd'hui, le monde attend les horreurs à venir en retenant son souffle.
Dans un article intitulé " a nécessité de la dissidence" ( The Guardian du 18 septembre), George Monbiot écrivait que, si Oussama Ben Laden n'existait pas, il faudrait que l'Amérique l'invente. Mais en un sens l'Amérique l'a bel et bien inventé. Il faisait partie du djihad en Afghanistan en 1979, lorsque la CIA y a lancé ses opérations. Ben Laden possède le privilège d'avoir été créé par la CIA et d'être recherché par le FBI. En une quinzaine de jours, il est passé du statut de suspect à celui de suspect numéro un, puis, malgré l'absence de preuves véritables, il a gravi tous les échelons et s'est hissé au rang suprême de celui qu'on réclame "mort ou vif".
Les talibans ont fait preuve d'une pertinence qui leur ressemble peu lorsque les Etats-Unis ont exigé l'extradition de Ben Laden : "Donnez-nous les preuves, ont-ils répondu, et nous vous le livrerons." Bush a répliqué que ses exigences n'étaient "pas sujettes à négociation". Est-ce que l'Inde pourrait en profiter, accessoirement, pour exiger l'extradition de l'Américain Warren Anderson ? En tant que PDG d'Union Carbide, il est responsable de la fuite de gaz qui s'est produite à Bhopal en 1984, causant la mort de 16 000 personnes. Nous avons rassemblé les preuves nécessaires. Elles sont toutes versées au dossier. Vous pourriez nous le livrer, s'il vous plaît ? Merci.
Mais qui est vraiment Oussama Ben Laden ? Ou pour le dire autrement : qu'est-ce qu'Oussama Ben Laden ? C'est le secret de famille de l'Amérique. Le double noir de son président. Le jumeau sauvage de tout ce qui se targue de beauté et de civilisation. Le rejeton d'un monde ravagé par la politique étrangère de l'Amérique : par sa diplomatie de la canonnière, son arsenal nucléaire, sa volonté, comme il est dit vulgairement, de s'arroger une "domination sans partage", par son effroyable mépris de vies qui ne sont pas américaines, par ses interventions militaires barbares, son soutien à des régimes despotiques et dictatoriaux, son programme économique impitoyable, prompt à ne faire qu'une bouchée de pays pauvres comme s'il s'agissait d'une nuée de sauterelles. Sans parler de ses multinationales en maraude qui gouvernent l'air que nous respirons, le sol que nous foulons, l'eau que nous buvons, les pensées que nous avons.
Maintenant que le secret de famille est divulgué, les jumeaux se fondent l'un dans l'autre et deviennent peu à peu interchangeables. Leurs canons, leurs bombes, leur argent et leurs drogues tournent en boucle depuis un moment. Les missiles Stinger qui attendent les hélicoptères américains ont été fournis par la CIA ; l'héroïne consommée par les toxicomanes américains vient d'Afghanistan ; l'administration Bush a récemment fait don de 43 millions de dollars pour financer une "lutte antidrogue"...
Bush et Ben Laden ont désormais recours à la même terminologie. Chacun représente "la tête du serpent" aux yeux de l'autre. Aucun ne se prive d'invoquer Dieu et d'employer un vague lexique millénariste où ont cours les notions de bien et de mal. Ils sont tous les deux impliqués dans des crimes politiques sans ambiguïté, tous les deux armés jusqu'aux dents - l'un avec l'arsenal nucléaire des puissants qui ne redoutent pas l'obscénité, l'autre avec le rayonnement destructeur des cas les plus désespérés. La boule de feu et le pic à glace. La matraque et la hache. Ce qu'il faut garder présent à l'esprit, c'est qu'aucun terme de l'alternative ne représente une solution acceptable pour remplacer l'autre.
Tribune publiée dans Le Monde du 15 octobre 2001
Traduit de l'anglais par Frédéric Maurin. © Arundhati Roy 2001
Roy Arundhati , écrivain
17:39 Publié dans Essai de Définition..., Guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 19 avril 2011
Quelsque chiffres sur l'énergie en France.
Réserves mondiales d'énergie fossile:
Pétrole: 40 à 50 ans.
Charbon: 200 ans.
Gaz naturel: 60 ans.
Réserves mondiales d'énergie nucléaire:
Fission (U235): 40 ans.
Surgénérateurs (U238): 600 ans.
Fusion: Inépuisable (?)
Nouveau vecteur:
Hydrogène: Inconnu.
(Source: B. Multon, Professeur à l'ENS Cachan.)
Energie primaire consommée:
Energie Nucléaire: 41% de l'énergie primaire consommée
Pétrole: 33.7% de l'énergie primaire consommée
Gaz: 14% de l'énergie primaire consommée
Charbon: 4.8% de l'énergie primaire consommée
Energie renouvelable: 6.5% de l'énergie primaire consommée
(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)
Production électrique:
Energie nucléaire: 86.8% (Energie nucléaire = 86.8%, production en TWh*10 en 30 ans)
Charbon: 4.5%
Gaz: 3.3% (Energie fossile = 9%, production en TWh/2 en 30 ans)
Pétrole: 1.1%
Energie renouvelable: 4.2% (Energie renouvelable = 4.2%, production en TWh inchangée en 30ans)
(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)
Consommation énergétique finale par usages (toutes énergies):
(= env. 60% de l'énergie primaire consommée, 35% étant utilisée par la filière de production énergétique elle-même, et 5% pour une utilisation autre qu'énergétique)
Chaleur basse température: eau chaude, chauffage: 31%
Electricité pour appareil courant: électroménager, ordinateur,... : 11.5%
Industrie-sidérurgie: 23.5%
Agriculture: 2%
Force motrice pour les transports: 32%
(Source: Chiffres observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)
Consommation électrique finale par usages:
Résidentiel-Tertiaire: 62% (Consommation multipliée par 4 en 30 ans - 1970/2000.)
Sidérurgie: 2.5%
Industrie: 32.5%
Agriculture: 0.5%
Force motrice pour les transports: 2.5%
(Source: Chiffres, observatoire de l'énergie 2003 - Industrie.gouv.fr)
Pertes de chaleur d'une maison individuelle mal isolée:
Toiture: 30%
Murs: 25%
Air renouvelée: 20%
Vitres: 13%
Sols: 7%
Ponts thermiques: 5%
100% de l'énergie primaire consommée en France =
35% = Filière énergétique elle-même
5% = utilisation autre qu'énergétique
60% = utilisation finale énergétique =
Soit 18.6% = Chaleur basse température: eau chaude, chauffage
6.9% = Electricité pour appareil courant: électroménager, ordinateur,...
14.1% = Industrie-sidérurgie
1.2% = Agriculture
19.2% = Force motrice pour les transports
(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)
Echanges physique d'électricité avec l'étranger (2009, Exportation/Importation enTWh):
Allemagne: +10.6/-1.4
Royaume-Uni: +7.7/-3.4
Bénélux: +1.8/-6.6
Suisse: +8.3/-4.2
Italie: +11.8/-0.6
Espagne: +4.2/-2.3
Soit: Environ 10% de la production en France est exportée en 2009, solde positif représentant environ 5% de la production.
Sur les 15 années (1995-2009) le solde est positif et représente environ 10% de la production en France.
(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)
Quelques ordres de grandeur pour la production d'électricité:
Une production moyenne de 10 TWh sur une année peut être obtenu avec l'un des moyens de production suivants:
Thermonucléaire: 9/10ème d'un réacteur de 1450 MW
Eolien: 2000 éoliennes d'une puissance de 2 MW
Photovoltaïque: 10 millions d'installations de 10m² (soit 100km²) d'une puissance de 1kW pour 10m²
Thermique à flamme:
- Biomasse: 16 millions de tonnes de bois
- Charbon: 3.5 millions de tonnes
- Pétrole: 2.2 millions de tonnes
- Gaz: 1.6 milliard de m3
(Source: statistiques.developpement-durable.gouv.fr)
02:51 Publié dans Energie, Eau et matières premières, Essai de Définition..., Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 19 mars 2011
... ou l'age de raison.
Fukushima ou la fin de l'anthropocène
| 18.03.11 | 13h28Le tsunami qui a frappé le nord-est du Japon et les explosions consécutives dans la centrale nucléaire de Fukushima forment un emboîtement implacable de catastrophes humaines, géologiques et psychiques.
L'imbrication des éléments naturels avec les objets industriels fait de notre planète un laboratoire à ciel ouvert : aucun lieu de la Terre n'échappe plus à l'expérimentation. S'il y a bien un épicentre géologique naturel du tremblement de terre qui a dévasté le nord-est de l'île d'Honshu, la centrale de Fukushima, elle, représente l'épicentre symbolique de l'ère de l'anthropocène.
Depuis les débuts de l'époque industrielle, Homo faber s'est érigé en force géologique centrale et toute-puissante. Cette époque a commencé, il y a deux cents ans, avec les débuts de la révolution industrielle. Aujourd'hui, tous les cycles de la biosphère sont modifiés par les activités humaines - cycle du carbone, de l'eau, du phosphore...
Les glaciologues mesurent au fond des glaces polaires un surdosage de gaz à effet de serre apparu depuis les débuts de l'industrialisation, d'une ampleur inédite par rapport aux 800 000 années précédentes. Les conditions climatiques actuelles, bouleversées, ne sont plus seulement naturelles. Jamais les éléments n'ont connu de transformation si rapide. L'énergie tirée du charbon, du pétrole et de l'uranium a conféré à Homo faber une capacité accélérée d'exploitation et de destruction de la nature.
Le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki a marqué le paroxysme de cette ère de l'anthropocène. L'énergie électronucléaire trouve son péché originel dans l'explosion de la bombe atomique.
Uranium et plutonium sont aujourd'hui associés dans le combustible Mox, qui fait la fierté de l'industrie nucléaire française. "Ecologiques", car issues du recyclage d'une partie des déchets hautement radioactifs, "confinées" dans des fûts et des piscines aujourd'hui éventrées à Fukushima, ces matières - les plus dangereuses de la planète - alimentent des interrupteurs, des radiateurs, des réfrigérateurs, des trains à grande vitesse et des usines.
La consommation et l'étourdissement de masse étant devenus un état de nature au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, les fournisseurs d'électricité nucléaire ont revêtu les paillettes d'une "movida" mondiale présentée comme force d'émancipation. La récente publicité -d'Areva ne montre-t-elle pas une centrale nucléaire à proximité d'une plage imaginaire, semblable à Copacabana ou à Sendai avant le tsunami, où bat son plein une fête au son d'une techno lobotomique ?
L'anthropocène, c'est aussi cela : une ère d'exubérance qui abolit l'angoisse, où l'automobile et l'écran plat sont devenus des droits humains fondamentaux. Une ère d'addiction, où la production de moyens est devenue la fin de l'existence. Une ère d'accélération, où la croissance, qui repose sur le cycle sans fin de la production et de la consommation, doit produire toujours plus d'objets inutiles pour ceux qui en ont déjà trop. C'est la logique même du productivisme.
Le volume des objets électro-industriels excède la capacité de compréhension de notre imagination et de nos sentiments, écrit le philosophe Günther Anders. Que le Japon, archipel vulnérable, déjà frappé par deux bombes atomiques, ait pu consentir à ériger cinquante-quatre réacteurs nucléaires sur une faille sismique illustre sans doute le désarmement de l'entendement humain face à ses créations sidérantes.
Jusqu'au jour où... le sommeil de la conscience engendre des monstres. Les bombes à retardement - nucléaires, climatiques, chimiques - commencent à exploser. Nous y sommes.
Face aux vestiges des villes détruites, face à la texture du futur, qui n'est plus la même, l'effroi n'en finit pas. La réparation des dégâts immenses s'annonce lourde et longue, si tant est qu'elle soit possible. Mais la panne et l'explosion de l'enceinte de confinement des réacteurs atomiques relèvent de l'irréparable et de l'irréversible. Des zones entières vont être interdites à jamais, comme dans le Stalker, de Tarkovski.
L'énergie nucléaire est d'un autre ordre temporel que la force tellurique des plaques tectoniques ou que le feu des volcans. Le déchaînement des éléments a révélé la démesure autant que la fragilité des machines thermo-industrielles.
L'humanité, actrice et victime de cette démesure, a créé les conditions de sa vulnérabilité en devenant un moteur de transformation géologique plus dangereux que les forces de la Terre. Aujourd'hui, l'explosion de la centrale de Fukushima nous dit que nous avons rendez-vous avec la sortie fracassante de l'anthropocène. Cette catastrophe nous intime de déployer une forme d'éveil non tributaire du rythme des machines de la thermo-industrie.
La fin des temps qui se déroule dans le nord-est du Japon sollicite un sursaut, une prise de conscience de l'inanité des formes de la croissance actuelle, fondées sur une soif terrifiante d'énergie, pour le plus grand profit momentané de quelques firmes planétaires. Les sociétés doivent se ressaisir afin d'inventer des systèmes à taille humaine, résilients et coopératifs.
Agnès Sinaï, journaliste environnementale, maître de conférences à Sciences Po Paris, cofondatrice de l'Institut Momentum
16:51 Publié dans Energie, Eau et matières premières, Essai de Définition... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
dimanche, 11 janvier 2009
Un article très interessant... forcement!

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Une représentation frappante valant mieux qu'un long discours, les chercheurs évaluent l'"empreinte écologique" d'Homo sapiens en hectares terrestres. l'OCDE en donne cette définition : "la mesure de la superficie biologiquement productive nécessaire pour pourvoir aux besoins d'une population humaine de taille donnée". Les derniers calculs montrent que nous avons largement dépassé notre quota – globalement. La Terre ne peut aujourd'hui offrir que 1,78 hectare global (hag) par habitant, pas un centimètre carré de plus. Or la consommation mondiale actuelle exige 2,23 hag productifs per capita. Et les calculs montrent que si l'ensemble de la population humaine adoptait aujourd'hui le mode de vie des Européens et des Américains – voitures, eau chaude à volonté, viande chaque jour, énergies fossiles à la demande… –, il lui faudrait disposer en surface de quatre à cinq planètes Terre.
Ne riez pas ! Les nouvelles classes moyennes chinoises et indiennes ont commencé de vivre à l'occidentale – qui oserait le leur reprocher ? Ajoutez les pollutions de toutes sortes associées à ce train de vie. En octobre 2007, quatre chercheurs suisses rattachés à Futuribles, un centre indépendant d'étude et de réflexion prospective sur le monde contemporain, ont ajouté les polluants et la "charge en carbone" à l'empreinte écologique des populations : ils en déduisent, au regard de la capacité d'assimilation des émissions de CO2 par la biosphère, que onze planètes Terre seraient nécessaires pour satisfaire les besoins d'une humanité qui aurait adopté le mode de vie occidental.
Sombres prédictions
Comment s'étonner alors que beaucoup s'interrogent : et si nous étions trop nombreux, déjà, pour cette Terre ? Notre démographie n'est-elle pas la cause de nos malheurs écologiques, mais aussi politiques, sociaux, militaires, comme l'affirmait déjà l'austère Thomas Malthus… en 1798 ? Les "émeutes de la faim" qui ont secoué en avril 2008 des pays très peuplés – Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Egypte, Haïti, Indonésie, Maroc, Philippines, Nigeria, Sénégal… – ne lui donnent-ils pas raison ? Le pasteur britannique Thomas Malthus, économiste, affirmait que la population humaine croît de façon exponentielle (2, 4, 8, 16, 32…) et les ressources, de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, 5…). Inévitablement, nous irions vers l'épuisement des biens, la famine, la guerre de tous contre tous.
Le Prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, a montré que Malthus avait raison en son temps : les paysans français de 1789 vivaient dans une pénurie chronique, 20 % d'entre eux étaient affaiblis par la malnutrition. Mais au XIXe siècle, ses sombres prédictions ont été démenties par l'accroissement des rendements agricoles, l'essor des échanges internationaux et des biens de subsistance, sans oublier l'immigration. Autrement dit, l'esprit aventureux et les progrès des techniques, le génie humain, ont désavoué Malthus.
Las. Nous savons aujourd'hui qu'il faut relativiser les succès du "progrès" et du rendement. L'empreinte écologique, le réchauffement qui s'accélère combinés à une croissance forte de la population ne ramènent-ils pas l'humanité à une situation "malthusienne" – une spirale tragique ? Beaucoup le pensent, et pas seulement les militants de la décroissance ou les radicaux du mouvement néomalthusien Negative Population Growth (NPG). Prenez Ted Turner, fondateur de la chaîne d'actualités CNN, grand financier de la Fondation des Nations unies. Cet homme informé déclarait en avril 2008 sur la chaîne PBS : "Nous sommes trop nombreux. Voilà pourquoi nous avons le réchauffement climatique. […] Tous les habitants de la planète doivent s'engager à avoir un ou deux enfants, c'est tout. […] Ne pas contrôler la population est un suicide." Ouvrez notre-planete.info, un site proche de l'ONG Les Amis de la Terre, tapez "surpopulation". Parmi les premiers articles : "Homo sapiens est la pire espèce invasive." Extraits : "Nous feignons d'ignorer la finitude d'un monde dans laquelle notre multitude puise allègrement et sans relâche. Il faut quelque chose de plus qu'un couple pour faire un enfant, il faut au moins une planète viable. Posséder une famille nombreuse n'est-il pas un délit environnemental, une grave atteinte à la planète et à l'avenir commun ?"
Ecoutons maintenant l'inquiétant directeur de la CIA de George W. Bush, le général Michael V. Hayden, autre homme informé. S'appuyant, en avril 2008, sur les chiffres de l'ONU qui annoncent une population de 9 milliards d'humains en 2050, il prévoit un dangereux déséquilibre démographique entre l'Afrique et l'Europe vieillissante – synonyme de tensions aux frontières et d'une immigration à risque –, ainsi que des "troubles" et des "violences" dans les pays où la population va tripler – Afghanistan, Liberia, Niger, République démocratique du Congo – ou doubler – Ethiopie, Nigeria, Yémen.
Propos angoissés
Dès qu'on évoque la surpopulation, on ouvre la boîte de Pandore. Vieux démons, angoisse du futur, fantasmes collectifs – peur de l'invasion, du pullulement – jaillissent pour se mêler à des peurs très concrètes. En 1932 déjà, quand la population humaine a atteint 2 milliards, le philosophe Henri Bergson écrivait : "Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars." En 1948, Albert Einstein mettait solennellement en garde l'Abbé Pierre contre les "trois explosions" menaçant notre "monde mortel" : la bombe atomique, la bombe information, la bombe démographique. En 1971, dans la lignée du Club de Rome, l'écologiste Paul R. Ehrlich, spécialiste des populations d'insectes, publiait le best-seller La Bombe P (Fayard). Il y dénonçait "la prolifération humaine", qu'il assimile à un "cancer" : "Trop de voitures, trop d'usines, trop de détergents, trop de pesticides, […] trop d'oxyde de carbone. La cause en est toujours la même : trop de monde sur la Terre." Aujourd'hui, il suffit d'écouter les émissions "de société" à la télévision, de parcourir les sites écologiques ou les chats d'actualité des médias pour retrouver ces propos angoissés. On lisait par exemple dans les débats du monde.fr, après un article consacré au "jour du dépassement" : "Quand, dans trente ans, nous serons 1,5 milliard de plus sur Terre, je ne donne pas cher du concept d'acquis sociaux, de progression du pouvoir d'achat et autres balivernes du même tonneau. " (25 septembre 2008).
Cette angoisse peut aussi être amplifiée par des mensonges modernes sur l'invasion venue du Sud surpeuplé. Mais, contredisant cette démagogie, un rapport publié en 2004 par le département des affaires économiques et sociales de l'ONU (World Population to 2300) indique que les immigrés venus des pays pauvres contribueront pour 4 % à la croissance démographique des pays développés d'ici à 2050 – aujourd'hui pour 3 % –, ce qui rajeunira une Europe vieillissante. Toutes les études confirment que, dans leur immense majorité, les populations du Sud veulent continuer à vivre où elles sont nées. Même dans les situations de crise – guerre civile, sécheresse, inondations… –, les habitants émigrent à proximité ou dans un pays voisin, puis reviennent toujours. Ce ne sont pas des "envahisseurs". Ils souhaitent vivre mieux, en paix, chez eux – comme le reste de l'humanité.
C'est patent, la question dite de la surpopulation remue des peurs irrationnelles. Prenons un autre exemple, moins politique. J'ai rencontré plusieurs Parisiennes de 30 ans, en couple ou célibataires, qui se disent bien décidées à ne pas avoir d'enfant. Sans prétendre ici donner une explication univoque – certaines veulent préserver leur "capacité de création", d'autres leur relation de couple, ou leur liberté, ou les trois –, force est de constater : la surpopulation est revenue à chaque fois dans nos entretiens, mêlée à des analyses inquiètes sur l'état de la planète. Tout comme dans le livre best-seller de Corinne Maier, No Kid. Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant (Michalon, 2007), où une des raisons invoquées est : pourquoi ajouter un enfant à un monde surpeuplé ?
L'une de ces femmes, attachée de presse, explique qu'à force de vivre en ville, elle n'a plus l'impression de participer "aux processus naturels" – elle ne voit plus le renouvellement de la vie, l'arrivée du printemps, "à peine le ciel". Elle ne se sent plus "une femme archaïque" : avec des enfants. La deuxième, ingénieur, n'espère plus rien de l'avenir de l'humanité. Elle garde en mémoire les massacres du XXe siècle, persuadée que le réchauffement, combiné à la surpopulation, va apporter de nouvelles guerres, des famines ou pire. Alors, faire des enfants… Une autre s'indigne : "Il existe déjà tant d'enfants pauvres autour du monde. Je préfère adopter." Une quatrième, voyageuse, a vu les hindous et les musulmans s'affronter en Inde, les riches s'armer dans des ghettos protégés en Amérique latine. "C'est affreux, dit-elle, une autre guerre vient, la guerre de la surpopulation. La haine de l'autre devient une réaction de survie. Toutes les valeurs s'inversent. Espérer que les Africains meurent du sida, ou s'entre-tuent, tourne à la blague de bureau : Comme ça, ils seront moins ! " Sombres visions. Alors, faut-il redevenir malthusiens ?
La "bombe P" n'explosera pas
"La démographie a toujours été associée à la fin du monde, à la disparition de l'Homme, au Jugement dernier, note le démographe Hervé Le Bras. Procédant par projections, on l'interprète comme des prédictions, toujours catastrophistes. Au début du siècle, en Europe, on s'inquiétait surtout de la dépopulation ! Les Français devaient procréer, il ne fallait pas laisser les Allemands être plus nombreux que nous. Les économistes associaient natalité et prospérité. Dans les années 1970, tout a changé avec les écologistes comme René Dumont, qui prédisaient l'épuisement rapide des ressources. Certains démographes annonçaient alors une population de 12 milliards en 2100. Aujourd'hui, nous revoyons tous ces chiffres à la baisse."
Hervé Le Bras, directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), raconte avec humour comment toutes les prédictions à long terme, bien étayées, sur le peuplement humain – le démographe américain Joel Cohen en a relevé 68 – se sont révélées fausses. Soit, mais aujourd'hui ? Qu'en est-il des prévisions à court terme – à l'horizon 2030, 2050 ? De fait, en moins de 200 ans, l'humanité est passée de 1 milliard d'habitants (au début du xixe siècle) à 6 milliards (en 1999). Entre 1987 et 1999, soit en treize ans, de 5 à 6 milliards. Aujourd'hui, beaucoup des prévisions pour 2050 tournent autour de 8,4 à 9,5 milliards de Terriens – soit 3 milliards d'hommes en plus. Cet accroissement exponentiel qui effrayait tant Malthus s'arrêtera-t-il un jour ? Aurons-nous assez de ressources pour nous nourrir ? Oui et oui. Voilà la grande nouvelle des études récentes. Aujourd'hui, démentant les alarmistes, les démographes décrivent tous, partout autour du monde, une forte baisse de la fécondité des femmes – donc, à terme, de l'accroissement de la population. Selon eux, comme d'après l'ONU, la " bombe P " n'explosera pas. Que s'est-il passé ? Simplement, sur les cinq continents, les femmes font moins d'enfants.
"Personne n'avait anticipé la baisse rapide de la fécondité dans les pays en voie de développement, explique Hervé Le Bras. Prenez l'Iran. D'une fécondité de 6,5 enfants par femme en 1985, le pays est désormais à 2 enfants, comme en France ! En Chine, beaucoup pensaient qu'il allait être difficile d'imposer l'enfant unique à cause de la tradition de l'héritier mâle, de leur civilisation , etc. Mais cela a été relativement aisé, et rapide. On compte aujourd'hui 1,75 enfant par femme. Ainsi, 400 millions de Chinois annoncés par les courbes démographiques n'ont pas vu le jour. On peut penser que les Chinois étaient prêts à l'accepter. En Inde, cette politique de contrôle des naissances a été moins bien reçue. Dans le nord du pays, il y a encore 4,5 enfants par femme. Mais, en moyenne, l'Inde est passée au-dessous de 3 enfants par famille."
Quelles qu'aient été les politiques menées, tous les effets d'annonce catastrophistes sur la spirale des naissances des pays pauvres, parfois teintés de racisme ou d'une conception agressive du "choc des civilisations", ont été démentis.
" Aujourd'hui, précise Hervé Le Bras, le taux de croissance démographique mondial ralentit. 1,21 % par an en 2006, 0,37 % attendu en 2050. Pourquoi ? Le nombre d'enfants par femme baisse sur les cinq continents. Au Mexique, au Brésil, on tourne autour de 2,2 à 2,3 enfants par famille, 2,4 en Indonésie. En Afrique, si les femmes du Rwanda et d'Ouganda font encore 7 à 8 enfants, au Kenya par exemple, de 8 enfants par femme dans les années 1970, elles sont passées à 4 aujourd'hui. Les renversements de tendance se font très vite."
Partout, les femmes enfantent moins. Le phénomène s'universalise. Souvent, pour que la natalité baisse, il faut selon les démographes un "élément déclencheur" qui transforme les mœurs. Par exemple, en Algérie, dans les années 1970, les femmes se mariaient très jeunes, enfantaient tôt et portaient en moyenne plus de 7 enfants au cours de leur vie. Aujourd'hui, toujours en moyenne, elles se marient à 29 ans et font 2,4 enfants. En Europe du Sud (Italie, Espagne, Grèce), on compte 1,4 enfant par femme – et cette tendance gagne toute la Méditerranée. Dans leur étude sur la démographie du monde musulman, Le Rendez-vous des civilisations (Seuil, 2007), Youssef Courbage et Emmanuel Todd montrent que la fécondité des femmes est passée de 6,8 enfants en 1975 à 3,7 aujourd'hui – 2,2 au Maroc, 2,1 en Tunisie. Cette baisse, remarquent-ils, suit partout l'alphabétisation des femmes. Cette prise de contrôle inaugure, nous disent les auteurs, un bouleversement des mentalités "qui irradie les rapports d'autorité, les structures familiales, les références idéologiques (et religieuses), le système politique". Sur ces questions le "choc des civilisations" annoncé par les conservateurs américains n'aura pas lieu.
Si la "bombe P" des malthusiens n'explosera pas, c'est que dans toutes les cultures, sur tous les continents, contredisant nombre d'idées sur l'islam, l'acceptation du modèle de la famille à deux enfants gagne rapidement. Aujourd'hui, si cette révolution des mœurs se poursuit, les démographes de l'ONU tablent sur une population humaine à 8,2 milliards en 2030, 9 milliards en 2050 – et une stabilisation à 10,5 milliards en 2100. La population humaine aura alors achevé sa "transition démographique" : le ralentissement de la fécondité prendra effet en dépit du vieillissement général. Certains chercheurs, comme Mike Davis, auteur d'une étude inquiétante sur la prolifération des bidonvilles (Le Pire des Mondes possibles, La Découverte, 2007), relativisent cependant cet enthousiasme. " Je m'étonne, écrit-il au Monde 2, que les prévisions des démographes de l'ONU pour le siècle varient de quelque 3,5 milliards d'habitants entre les évaluations basses et hautes : c'est-à-dire la population mondiale quand j'étais enfant…" En effet, il suffirait d'une variation de 0,25 % par rapport au scénario de 2,1 enfants par femme (2,35), pour se retrouver 30 milliards avant 2050. Mais, toutes les études le confirment : la baisse de la fécondité féminine autour de deux enfants est générale.
Nourrir 9 milliards d'humains
Au-delà des angoisses et des peurs, la véritable grande question posée par le peuplement sera celle des ressources : les pays, les sols, la Terre pourront-ils nourrir – et supporter – une population de 9 ou 10 milliards d'habitants ? Ici, un détour s'impose. Dans les faits, parler de population "globale" comme d'un grand cheptel n'a pas grande signification. Comment comparer le mode de vie des habitants du Laos et de la Finlande, à population égale ? De l'Algérie, terre d'émigration, et du Canada, d'immigration ? Aujourd'hui la natalité des pays les moins développés progresse six fois plus vite que celle des pays développés – qui vieillissent et se stabilisent. En 2050, 86 % de la population mondiale habitera un pays pauvre ou émergent – la moitié en Chine et en Inde, dotés d'une politique antinataliste. Les répercussions d'un tel peuplement varieront fortement d'une région et d'un pays à l'autre, selon la fertilité des sols, l'eau, la qualité des terres. Mais surtout selon les politiques des gouvernements – économiques, agricoles, sociales. Le Prix Nobel d'économie 1998, l'Indien Amartya Sen, a bien montré combien la pauvreté et les famines découlent avant tout, non d'une population trop nombreuse, mais du manque de vitalité démocratique et de l'absence d'Etat social. L'Inde, par exemple, a connu des grandes famines jusqu'en 1947, date de son indépendance. Ensuite, le multipartisme, l'existence d'une opposition et d'une presse libre ont permis de prévenir et circonvenir les désastres. Qui plus est, l'Inde nourrit aujourd'hui une population de 1 milliard d'habitants parce qu'elle a réussi sa "révolution verte" – irrigation, conservation des sols, engrais, rendements – grâce à une politique d'Etat résolument tournée vers l'autosuffisance.
Aujourd'hui, 850 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde. La plupart vivent dans les pays du Sud qui ont été secoués par les émeutes du pain du printemps 2008. Est-ce parce qu'ils sont trop peuplés ? En juin, réagissant dans l'urgence, les responsables de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ont tenu un sommet. Ses experts n'ont pas accusé la surpopulation, mais avant tout l'augmentation de 50 % du prix des céréales. Ils ont aussi dénoncé une production agricole mondiale insuffisante. Pas à cause de l'épuisement des terres, mais de leur mauvais usage.
Les agronomes rappellent combien, depuis un demi-siècle, sans se soucier des populations locales, les pays du Nord ont financé les cultures d'exportation des pays du Sud (notamment en Amérique latine) – le coton, l'herbage d'élevage – au détriment des cultures vivrières. A l'inverse de ce qui s'est passé en Inde, ces politiques néocoloniales ont ruiné l'agriculture de ces pays, avec l'aide de gouvernements autoritaires et corrompus. Résultat : l'Afrique subsaharienne, hier autosuffisante, se trouve contrainte d'importer ses produits de subsistance. Ici encore, comme l'analyse Amartya Sen, rien ne sert d'accuser la croissance démographique. Il faut s'en prendre aux politiques. Voilà pourquoi la FAO appelle maintenant à une gouvernance agricole mondiale, sous l'égide de l'OMC, aidée par la Banque mondiale, pour relancer les productions vivrières et de céréales – jusque dans les jachères d'Europe. Avec une politique agricole concertée, la planète pourrait tout à fait survenir aux besoins d'une population de 10 milliards d'habitants .
Le rapport 2008 de l'OCDE, Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030, est aussi alarmiste que la FAO. Il nous promet, en l'absence d'une politique mondiale volontariste, un avenir très désagréable. Nous en connaissons le refrain. Un réchauffement de 1,7 oC à 2,4 oC en 2050 – prévision basse. Sécheresse, tempêtes, inondations, destruction des infrastructures. Un appauvrissement considérable des " précieux services des écosystèmes ". L'accroissement du " stress hydrique " pour 3 milliards d'humains – une eau mal répartie. Une pollution accrue de l'air. La croissance de la population humaine est-elle la cause première des fléaux annoncés ? Dans une lettre au Monde 2, des experts de l'OCDE répondent : "La population ne pose pas un problème en soi. Les pressions exercées sur les ressources naturelles et l'environnement ne proviennent pas du nombre d'habitants mais de leurs habitudes de consommation."
Politiques irresponsables
Notre malheur viendra des modes de vie dépensiers, des politiques industrielles, des égoïsmes nationaux – de comportements que nous pourrions changer. Quelques exemples frappent. Selon le rapport 2008 de l'Agence internationale de l'énergie (World Energy Outlook 2008), des millions de voitures rouleront encore au pétrole en 2030, émettant quantités de CO2. Pourquoi au pétrole ? Parce que les grands constructeurs automobiles résistent pour changer leurs chaînes de montage et fabriquer des voitures "vertes" – comme les y engagent les gouvernements qui les renflouent depuis la crise financière de 2008. Le rapport de la FAO, L'Etat de l'insécurité alimentaire dans le monde (novembre 2008), note qu'avec l'amélioration du niveau de vie des pays émergents, des millions de personnes mangeront plus de viande. Ce qui nécessitera un bétail plus nombreux, buvant quantité d'eau, paissant sur des terres dévolues aux herbages – donc perdues pour les cultures vivrières. Ici encore, n'y a-t-il rien à faire ? Ou faut-il mener campagne pour que les Occidentaux contiennent leur "boulimie de viande", comme le préconise l'économiste Jeremy Rifkin ?
Autre remarque des experts de l'OCDE au Monde 2. Nous savons parfaitement que, par leurs vertus régénératrices, les écosystèmes nous sauvent d'une pollution terrestre accélérée et d'un appauvrissement général. Mais gouvernements et industriels, aux Etats-Unis comme dans les pays émergents, poursuivent encore des politiques irresponsables : subventions à l'agriculture intensive, aux pétroliers pollueurs, laisser-faire à l'emploi de produits chimiques, à la pêche industrielle – sans oublier les émissions massives de CO2. "Si aucune action nouvelle n'est entreprise, nous risquons de modifier de façon irréversible les conditions environnementales sur lesquelles repose le maintien de la prospérité économique" : les conclusions du rapport 2008 de l'OCDE sont encore plus inquiétantes que celles du rapport Stern (L'Economie du changement climatique, 2006), qui appelait à consacrer 1 % du PIB mondial à "décarboner" l'industrie. A nouveau, les politiques sont en cause. Pas le nombre d'habitants.
02:01 Publié dans Energie, Eau et matières premières, Essai de Définition..., Europe, Guerre, Méditerranée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 24 mai 2007
Une Lettre à la mode en ce moment, une Lettre qui doit rester dans nos mémoires au delà des modes...

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurai voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino [1]. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.
A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi ! Ma vie a été courte !
Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.
Je vais mourir avec Tintin, Michels [2].
Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant.
Courage !
Votre Guy qui vous aime
Guy
Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"
[1] Roger et Rino sont des "frères" de combat militant.
[2] Tintin désigne Jean-Pierre Timbaud. Michels, c’est Charles Michels, tous deux seront exécutés avec Guy.
Guy Môquet (né en 1924 et mort le 22 octobre 1941) est un militant communiste, célèbre pour être le plus jeune des vingt-sept otages du camp de Chateaubriant, fusillés en représailles après la mort de Karl Hotz.
14:42 Publié dans Europe, Guerre, Livre, Photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 23 mai 2007
Le discours de David Grossman lors de la cérémonie à la mémoire de Rabin
19:11 Publié dans Essai de Définition..., Guerre, Méditerranée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Un article qui mérite d'être lu...
19:05 Publié dans Energie, Eau et matières premières, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La Guerre
...et la Paix.
Il paraît que la Guerre diminue sa présence sur notre planète...moins de morts, moins de tueries, moins de sang...
Certains sont très optimistes... Ils parlent de la capacité internationale à éviter les conflits, à maintenir la Paix...
Mais voilà, le Monde est remplit d'Homme qui veulent leur part du butin. Et personne ne veut leur laisser un millième de la leur...
La pression sur le pétrole est déjà à la limite du supportable pour nos économies, celle sur le gaz n'est pas en reste, et les matières premières n'en parlons pas!!!!
1 milliards de Chinois et autant d'Indiens, 250 millions d'Indonésiens,...veulent vivre comme nous.
La pression sur les ressources est désormais comme prédit il y a déjà longtemps...la limite n'est pas franchi, mais combien de temps nous reste-t-il?
Les grandes puissances nucléaires ont, dans leur dispositif de dissuasion, tous la même approche: Tout pays qui attaquent les intérêts vitaux de cette puissance verra celle-ci répondre par le feu nucléaire...
Que feront alors les Etats-Unis, lorsque viré de l'Irak à coup de pied, viré de l'Arabie Saoudite à coup de bombes, ne s'approchant plus de l'Iran de peur de leur bombe atomique,...paralisé économiquement par la Chine qui achète de plus en plus de matières premières...ils verront leurs intérêts vitaux (économiques et stratégiques) attaqués, et leur puissance s'affaiblir inexorablement.
La Guerre...
...avec ce qu'ils ont de meilleur, ce qui restera leur seule arme de puissance face aux autres Pays (celle qui déjà paralyse les relations avec la Russie moribonde)...l'arme atomique. La seule arme de puissance s'il en est, la seule où ils seront durablement les meilleurs, la seule qu'ils domineront encore longtemps, bien après leur chute économique et militaire classique...
La Guerre Atomique...
...contre le pays aggresseur: La Chine ? glouton économique colossal...mais aussi puissance nucléaire...
...Et la Paix dans tout ça?
Certains pensent que la communauté internationale pourra comme toujours éviter les grands conflits...et maintenir la Paix.
Si Vis Pacem Para Bellum...
18:37 Publié dans Essai de Définition..., Guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


